Le 14 octobre, l'Ukraine a déposé 773 échantillons de semences dans la Réserve mondiale du Svalbard, en Norvège, marquant son premier dépôt depuis 2012. Cette action vise à protéger son patrimoine génétique végétal, menacé par l'invasion russe, a annoncé le gouvernement norvégien.
Un dépôt stratégique dans l'Arctique
Le ministère norvégien de l'Agriculture a précisé que ces échantillons incluent différentes variétés de tournesol, de céréales, de sarrasin et de plantes fourragères. La Réserve mondiale de semences du Svalbard, située à environ 1 000 kilomètres du pôle Nord, est une sorte d'"Arche de Noé" végétale conçue pour protéger la biodiversité face aux catastrophes naturelles, aux guerres, au changement climatique, aux maladies et aux négligences humaines.
Inaugurée en 2008 grâce à un financement norvégien, cette réserve se compose de trois chambres fortes et froides. Elle abrite actuellement plus de 1,4 million d'échantillons, que leurs propriétaires peuvent retirer à tout moment. Sa localisation, éloignée des zones de conflit et à une altitude la protégeant de la montée des océans, la rend résistante aux désastres, même en cas de panne du système de réfrigération, grâce au pergélisol qui maintient une température stable.
Un patrimoine génétique déjà fragilisé
L'Ukraine, souvent surnommée le "grenier à blé de l'Europe", possède une collection génétique de plus de 154 000 échantillons représentant environ 2 000 espèces, selon l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO). Sa banque nationale de gènes, située à Kharkiv, dans l'est du pays, a subi des dommages lors de bombardements russes en 2022. Sa collection a ensuite été transférée vers l'ouest, loin du front, a rappelé le ministère norvégien de l'Agriculture.
La Réserve du Svalbard a elle-même connu les effets du réchauffement climatique : en 2016, de l'eau s'est infiltrée dans son tunnel d'accès, sans atteindre les semences. Des travaux de renforcement de l'étanchéité, d'un montant d'environ 20 millions d'euros, ont été réalisés par la suite.
Ce dépôt symbolique intervient alors que l'Ukraine, pays céréalier majeur, cherche à préserver ses ressources génétiques face aux destructions causées par l'invasion russe, qui dure depuis quatre ans. La décision de confier ces échantillons à la Norvège, un pays allié, constitue une étape concrète pour assurer la pérennité de son agriculture et de sa biodiversité.