Brice Sannac : « La profession est plus divisée que jamais »
Brice Sannac : « La profession est plus divisée que jamais »

Brice Sannac, candidat malheureux à la présidence de l'Umih (Union des métiers de l'hôtellerie-restauration), a échoué de quelques voix face à Franck Chaumès, ce mardi 13 octobre. Ce dernier succède à Thierry Marx, qui ne souhaitait pas se représenter. Dans un entretien accordé à Midi Libre, le Catalan dresse un constat sans appel : « La profession est plus divisée que jamais ».

Une défaite de quelques voix et deux visions opposées

Interrogé sur sa défaite, Brice Sannac assume pleinement le résultat : « Quand on challenge, il faut toujours être prêt à gagner ou à perdre. » Il pointe immédiatement les divisions internes qui fragilisent le secteur. Selon lui, le discours de Franck Chaumès sur les tickets-restaurants, qu'il attribue au RN et à LFI, n'est pas le bon message à porter.

Pour le candidat battu, le travail essentiel consiste à « expliquer leurs valeurs ajoutées sur les territoires : qu'on fait travailler l'agriculture locale, la pêche, la filière viticole ». Il insiste sur le rôle des métiers de l'hôtellerie-restauration dans la vitalité des cœurs de ville et de village, bien au-delà de l'attractivité touristique.

Brice Sannac défend une « vision d'ouverture totale du métier », notamment en ouvrant les portes des syndicats. Il s'oppose frontalement à Franck Chaumès, qui prône un numerus clausus pour restreindre l'ouverture des restaurants. « En faisant ça, on casse l'initiative », tranche-t-il, résumant la situation : « Nous avons clairement deux visions opposées. »

Un mandat de Thierry Marx critiqué

Interrogé sur ses attentes vis-à-vis du nouveau président, Brice Sannac déclare : « Qu'il porte une vision, qu'il amène du dialogue. Je lui souhaite le meilleur. » Il rappelle que le précédent mandat de Thierry Marx a été marqué par « de gros clivages et des oppositions assez fortes ».

Le candidat perdant est beaucoup plus sévère sur le bilan de l'ancien président : « Thierry Marx a travaillé pour lui, pour son image, mais il n'a pas répondu aux grandes questions que se pose notre profession. » Il cite pêle-mêle la réglementation, la concurrence déloyale, l'amortissement des prêts ou encore la formation. « On est toujours en train de se battre contre la dernière loi qui nous menace », regrette-t-il, déplorant un manque d'anticipation et de vision.

Brice Sannac rappelle que ces métiers sont « non délocalisables » et qu'ils connaîtront des mutations grâce à l'intelligence artificielle, « mais qui ne seront pas transformés pour autant. Il y aura toujours besoin d'un sourire et du service ».

Le ticket-restaurant au cœur des débats

La nouvelle loi sur les tickets-restaurants, qui conserve les 25 euros quotidiens dans les restaurants, est également au centre des critiques de Brice Sannac. « On a discuté des miettes », lance-t-il, fustigeant une discussion qui n'a pas porté sur le fondement même du dispositif : le maintien des commerces de centre-ville et la santé des salariés.

Il dénonce une approche gouvernementale qui préfère « offrir une pasta-box ultratransformée à manger devant son ordi, à la va-vite » plutôt que d'encourager le lien social et de faire fonctionner l'agriculture locale dans des restaurants « faits maison ». Le pouvoir d'achat n'a, selon lui, pas été abordé dans ce débat.

Brice Sannac met en garde contre une dérive : « Il ne faut pas dévier le ticket-resto pour en faire un ticket pouvoir d'achat. » Si le gouvernement souhaite créer un tel dispositif, qu'il le fasse, mais sans détourner l'outil existant, qui doit rester « une belle idée de la pause déjeuner des Français » au service de l'attractivité des territoires, de la santé des salariés et de la qualité du travail.

Le candidat battu conclut sur une note d'espoir : la profession doit se recentrer sur ses valeurs et son rôle économique et social, tout en espérant que le nouveau président saura porter une vision fédératrice.