Yanne Souchet, 61 ans, a été réélue maire de Roure, village de 128 habitants dans l'arrière-pays de Nice, lors des élections municipales de mars 2026. Elle entend valoriser et développer sa commune tout en jonglant avec les baisses des dotations de l'État, l'adaptation au dérèglement climatique et les relations avec la Métropole Nice Côte d'Azur.
Un engagement né en 2023
Yanne Souchet est devenue maire en 2023, en cours de mandature, après un grave problème de santé de son prédécesseur. Aide-soignante de profession, elle s'est lancée dans la course aux municipales pour poursuivre son engagement. Elle a quitté la Haute-Savoie pour s'installer à Roure, un village qu'elle a découvert en 1991 et où elle a acheté une maison en 1993, avant de s'y installer définitivement en 1996.
« Je vais vous raconter ce que j'ai éprouvé en venant la première fois. Je trouvais que la route était un peu compliquée et, en arrivant, c'était un émerveillement : un petit village perché, une exposition plein sud avec une vue imprenable sur la Tinée. J'ai eu un coup de foudre pour les lieux et pour les habitants », confie-t-elle. Au dernier recensement, Roure compte 128 habitants, contre 116 précédemment. La commune ne dispose pas de logements communaux, mais de nombreuses résidences secondaires issues d'héritages familiaux.
Deux listes aux élections : un signe d'engagement
La présence de deux listes lors des dernières municipales est presque une tradition à Roure. « J'ose penser que cela montre que ceux qui vivent à Roure apprécient la commune et veulent s'investir. D'ailleurs, il suffit de voir le programme de la liste concurrente : il n'était guère éloigné du nôtre, ce qui est plutôt normal s'agissant d'un village », explique la maire.
Parmi les projets en cours, la réfection de la piste menant à la Fracha est prioritaire. « Elle était très détériorée ; or elle est indispensable pour le passage des véhicules de secours et agricoles, et pour la coupe de bois », souligne Yanne Souchet. Un recours de France Nature Environnement contre la préfecture a été débouté, et les travaux vont commencer rapidement. La toiture des lavoirs communaux, la Manjuca, doit également être refaite car elle s'affaisse.
Tourisme : pas une priorité, mais des atouts
Le tourisme n'est pas la priorité de la commune, l'auberge Lo Robur étant encore fermée. Seul un gîte de 14 places offre une capacité d'accueil. En revanche, l'Arboretum Marcel-Kroënlein attire des visiteurs, et la présidente honoraire Michèle Ramin y accomplit « un travail formidable », selon la maire. Le four communal est aussi un point d'attrait.
Face à la baisse des dotations de l'État, Yanne Souchet doit prioriser : « Nous ne pouvons pas tout réaliser en même temps, alors il faut faire des choix. C'est parfois compliqué de le faire comprendre aux administrés, par exemple lorsque certains travaux de voirie doivent être repoussés. » Concernant le dérèglement climatique, elle affirme que la commune en a conscience, même si « tout le monde n'est pas au même stade de réflexion ». Après un feu de broussailles cet été et à l'approche des épisodes méditerranéens, la municipalité vérifie régulièrement les procédures et le matériel, et informe la population.
Des relations apaisées avec la Métropole
Au sein de la Métropole Nice Côte d'Azur, la maire note une amélioration : « Il n'est pas toujours facile pour une petite commune de se faire entendre, ou alors c'est que je ne sais pas demander (rires). En revanche, je note que depuis l'arrivée d'Éric Ciotti à la présidence, il y a moins de tensions qu'auparavant. On y travaille plus sereinement. »
Sans étiquette, Yanne Souchet insiste : « J'ai des convictions personnelles mais je ne veux pas me positionner publiquement sur l'échiquier politique. J'estime qu'en tant que maire d'une petite commune, je dois collaborer avec tout le monde. » Elle entretient de bonnes relations avec la députée Christelle d'Intorni, qui « est à l'écoute et connaît bien les difficultés des villages ».
Trois priorités et un coup de cœur
La maire a fixé trois priorités : la réouverture de l'auberge Lo Robur, espérée pour 2027, mais « il faudra trouver des personnes compétentes pour reprendre, qui proposeraient quelque chose de novateur pour attirer les visiteurs » ; la consultation des habitants pour relancer le projet de la Maison Vitaline, « quitte à ce qu'il ne soit pas achevé avant la fin du mandat mais qu'il soit au moins sur les rails » ; et la rénovation du terrain de jeux, un espace de loisirs utilisé par les familles.
Son coup de cœur : « Je souhaite que Roure garde son âme, son esprit de village tranquille, authentique et privilégié. C'est ce qui fait qu'il est tel qu'il est, si agréable à vivre. D'où le fait que le tourisme de masse n'est pas souhaitable ici. » Son coup de gueule vise ceux qui « sont contre la municipalité et qui pensent que les projets s'accomplissent en claquant des doigts », ajoutant : « Certains se montrent très critiques sans connaître le fond des choses, cela peut être déroutant pour ceux qui s'investissent dans le village. C'est la raison pour laquelle j'avais prévenu mes nouveaux colistiers. »



