Les « pistolets ADN », également appelés PMC (marqueurs codés indétectables), sont des armes non létales qui projettent des billes remplies d'un liquide de marquage invisible à l'œil nu, mais réactif aux rayons ultraviolets. Leur vocation première est de faciliter la restitution de biens volés, pour les professionnels comme pour les particuliers. Désormais, ils sont aussi employés par les autorités pour identifier des personnes, notamment en Angleterre, principalement sous forme de spray.
Un dispositif déjà utilisé en France et en Angleterre
Le lanceur tire, à une distance de 30 à 40 mètres, des billes remplies d'un liquide de marquage. En touchant la personne, la bille laisse une trace sur ses vêtements. Le lanceur est souvent couplé à une caméra, ce qui permet de documenter le tir. Les personnes marquées peuvent ensuite être retrouvées, interpellées, voire fichées. Les suspects peuvent ainsi être confondus et interpellés bien après les faits.
En juillet 2025, la police du West Yorkshire avait annoncé la généralisation d'un spray de marquage ADN dans le comté, rapporte la BBC. En mars 2026, un échantillon d'ADN retrouvé sur un fusil volé avait, en outre, permis d'incarcérer un cambrioleur récidiviste à Bristol (Angleterre).
En France, la gendarmerie exploite cette méthode scientifique depuis 2011, dans 17 départements métropolitains, pour son pouvoir de dissuasion. Elle est notamment mise en œuvre par l'Institut de recherche criminelle de la Gendarmerie nationale (IRCGN), qui marque des objets de valeur pour lutter contre les cambriolages ou les attaques de commerces et de distributeurs de billets.
Une extension au maintien de l'ordre sans cadre réglementaire
En 2019, Édouard Philippe, alors Premier ministre, avait annoncé l'extension du dispositif au maintien de l'ordre face aux manifestations des Gilets jaunes. À l'époque, Philippe Capon, secrétaire général du syndicat UNSA-Police, refusait auprès de 20 Minutes d'y voir une solution miracle. Le dispositif avait ensuite été expérimenté ou déployé lors de mobilisations, comme le 1er mai 2019 ou à Sainte-Soline (Deux-Sèvres), en mars 2023.
D'après Politis, lors de la manifestation de Sainte-Soline, la Ligue des droits de l'homme (LDH) avait repéré sur place des fusils lanceurs de PMC. « Ces outils ont déjà été utilisés en France au moment des émeutes et de Sainte-Soline, mais c'était une expérimentation, il n'y avait pas de cadre réglementaire », assure un responsable du syndicat policier Alliance contacté par 20 Minutes.
Son extension au maintien de l'ordre, testée depuis 2021, s'effectue pour le moment en l'absence de tout encadrement législatif. Pourtant, c'est à l'État de s'assurer que l'usage de ces systèmes de sécurité ne restreint pas les libertés fondamentales, notamment celle de manifester. Les PMC posent aussi les questions de délais, de formation des policiers et de processus d'achat de tels dispositifs. Contactée à ce sujet, la CNIL (Commission nationale de l'informatique et des libertés) n'a pas souhaité répondre, invitant à solliciter le Ministère de l'Intérieur, qui n'avait pas encore répondu à cette heure.
Des réactions contrastées parmi les syndicats de police
Sous la vidéo explicative de BFMTV, dédiée à ces « pistolets ADN », les réactions sont vives. Un internaute y voit un « film de science-fiction dystopique », ou « le rêve du régime iranien ». Contacté par 20 Minutes, le syndicat de police UN1TÉ avance : « En France, c'est le régime de la preuve qui permet d'être condamné par la justice. Même en flagrant délit et avec des preuves filmées et des témoignages, les mis en cause sont relâchés par les magistrats et souvent l'affaire est classée sans suite lors de pillages. Les pistolets ADN ne serviraient pas à grand-chose. »
Mais pour le membre du syndicat policier Alliance contacté, au contraire : « Tout ce qui peut nous aider à retrouver et identifier les pilleurs et les casseurs est une bonne chose. » Un point d'ailleurs soulevé dans la synthèse du rapport d'information parlementaire sur l'avenir du maintien de l'ordre, publiée le 19 octobre 2026. Les rapporteurs y recommandent d'élargir les moyens de preuve et de faciliter les interpellations en recourant « à tous les moyens technologiques favorisant l'identification des auteurs », citant notamment l'intelligence artificielle et les « marquages codés indétectables ».