Depuis quelques jours, le centre-ville de Théoule-sur-Mer est le théâtre d'un vaste chantier de lutte contre les inondations, piloté par la Communauté d'agglomération Cannes Pays de Lérins (CACPL). Ces travaux de recalibrage du vallon de l'Autel, qui doivent durer jusqu'au 31 mars 2027, visent à moderniser et élargir le cours d'eau souterrain traversant la commune, mais ils suscitent déjà des inquiétudes parmi les commerçants et les habitants.
Un chantier nécessaire pour prévenir les inondations
Le chantier, qui s'étalera sur trois hivers afin de ne pas perturber l'activité estivale, consiste à remplacer le cours d'eau souterrain par un cadre en béton sur un linéaire de 280 mètres et une largeur de 4 mètres. L'objectif est de porter la capacité d'écoulement à un débit de 32 m³ d'eau par seconde, contre 10 m³ actuellement, soit l'équivalent du flux d'une crue centennale. Cette intervention fait suite à des débordements survenus lors de fortes intempéries, notamment en décembre 2019 et février 2026, qui avaient touché plusieurs établissements, dont la pharmacie de la Plage.
« On a été inondé trois fois depuis 2009 », confirme Aurélien Laurent, pharmacien, qui reconnaît la nécessité des travaux mais redoute leurs conséquences économiques. « C'est déjà tendu pour les commerces par manque d'attractivité. Si, en plus, les parkings sont partiellement réquisitionnés, il y aura forcément une perte de chiffre d'affaires si nos clients ne peuvent pas se garer », craint-il.
Des perturbations quotidiennes pour les habitants
La rue Charles-Dahon, artère principale, est en partie fermée à la circulation, ne laissant qu'une seule voie ouverte. Le petit marché du vendredi, habituellement installé en face de la mairie, a été déplacé de manière anticipée sur le bord de mer, devant le Marco Polo. Si certains habitants s'accommodent de ce changement, comme Chantal, qui confie : « Cela m'arrange, c'est plus près de chez moi », d'autres expriment des inquiétudes. Raymond, qui accompagnait son voisin Henri, déficient visuel, souligne : « Il y a des trous pour venir, c'est dangereux pour lui ».
Sur la place du Général-Bertrand, un technicien de l'entreprise Euro TP procède à des marquages au sol à l'aide d'un géoradar pour détecter les réseaux souterrains, ajoutant à la complexité du chantier. Les commerçants, comme le boulanger des « Délices de Théoule », redoutent une perte de clientèle. « Les travaux risquent d'être impactants. J'ai peur que mes clients aillent à Mandelieu s'ils ne peuvent pas se garer. Il faut passer les travaux et ne pas couler avant. Si ce n'était pas pour les gens du village, je fermerais », glisse l'artisan, tout en reconnaissant le caractère « nécessaire » du chantier.
Un investissement majeur pour la prévention des risques
Le coût du chantier est estimé à 6 millions d'euros, porté par la CACPL, avec un financement de l'État à hauteur de 40 %. L'agglomération assure que « l'accès aux habitations et aux commerces sera maintenu durant toutes les phases du chantier ». Depuis 2016, plus de 58 millions d'euros HT ont été investis dans des travaux de réduction du risque d'inondation sur le territoire de la CACPL.
Le Programme d'actions de prévention des inondations (PAPI) 2021-2027 a été prolongé jusqu'en 2029, avec une enveloppe prévisionnelle renforcée, passant de 56 à 77 millions d'euros, incluant un financement complémentaire de 9 millions d'euros de l'État. En 2024, les vallons de la Plaine à Mougins et de la Frayère à Cannes ont été recalibrés, et en 2025, le cours d'eau de la Théoulière à Mandelieu-la-Napoule a été élargi. À Théoule-sur-Mer, les travaux devraient être achevés à la fin de l'hiver 2029, apportant une protection accrue contre les inondations futures.