Une importante fuite de courriels, de pièces comptables et de passeports, surnommée les « BabakovLeaks », démontre que le vice-président de la Douma russe Alexandre Babakov, pourtant sous sanctions européennes depuis 2014, continue de financer un patrimoine de luxe sur la Côte d’Azur grâce à un réseau de sociétés écrans et de comptes à Monaco. Selon les documents exhumés par Nice-Matin, le député, qui incarne publiquement la ligne dure anti-occidentale du Kremlin, aurait orchestré le transfert de sa villa de Saint-Tropez à sa fille et utilisé des fonds offshore pour en payer l’entretien.
Un dispositif offshore pour masquer la propriété à Saint-Tropez
Au cœur du dispositif se trouve une propriété d’exception située dans le domaine fermé des Parcs de Saint-Tropez, où le prix moyen d’une villa dépasse 30 millions d’euros. Un mémo interne daté de 2014, extrait de la boîte mail du cabinet de Babakov, cartographie les actifs familiaux sous l’entrée « Structure of Ownership : Property in Saint-Tropez / AED International ». La propriété est détenue via AED International Limited, immatriculée aux Îles Vierges Britanniques puis au Luxembourg, connectée à la firme britannique Garratt Investments Limited et à des entités civiles immobilières locales.
Dès le lendemain de l’imposition des premières sanctions européennes en 2014, un échange de mails confidentiels entre les assistants de Babakov et un cabinet d’avocats d’affaires montre l’instruction de transférer les parts d’AED International à la fille du député, Olga Babakova (Olga Le Brun). Un courriel de 2014 précise : « Veuillez procéder à la restructuration des actions d’AED International afin de veiller à ce que le bénéficiaire effectif soit mis à jour au nom d’Olga Babakova, conformément aux nouvelles normes de conformité. »
Monaco, plaque tournante financière et logistique
Malgré ce transfert, les taxes foncières, les appels de charges du domaine, les salaires des gardiens et les factures de rénovation de la piscine continuent de transiter par les boîtes mail du secrétariat du député à Moscou. L’argent provient de Monaco, à seulement 130 kilomètres de Saint-Tropez. Les relevés bancaires montrent le recours systématique aux établissements monégasques, notamment un compte au Crédit Foncier de France à Monaco.
Une note d’instruction financière de 2018 indique : « Transférez la facture pour l’entretien de la villa sur le compte de Monaco. Le financement sera couvert par un contrat de prêt émanant de [Offshore BVI Entity]. » Les mails révèlent aussi l’utilisation de family offices monégasques pour contester des redressements fiscaux en France, comme le montre un courriel de 2019 intitulé « Strictement confidentiel : Avis juridique concernant l’impôt sur la fortune immobilière en France et les conditions de résidence monégasque. »
Yacht et voyages malgré les sanctions
Les BabakovLeaks documentent également des réservations de places de port à Monaco et à la Galice au cap d’Antibes pour un yacht lors des vacances estivales. Malgré l’interdiction de se rendre en Europe, des projets de voyage sur la Côte d’Azur apparaissent, le dernier datant de 2023, coordonné par un résident niçois nommé G.D. pour des accréditations à des événements et des séjours en Europe, un an après le début de la guerre en Ukraine. On ignore si Babakov s’est réellement rendu à Saint-Tropez. Ces révélations, publiées par Nice-Matin, mettent en lumière un système méthodique de contournement des sanctions, alors que le député fait face à des inculpations fédérales aux États-Unis pour son rôle dans l’annexion de la Crimée.