Près de 2 000 ressortissants ukrainiens ont été reçus les 5 et 6 septembre à la préfecture des Alpes-Maritimes pour renouveler leur autorisation provisoire de séjour (APS). Certains ont passé la nuit devant le CADAM et attendu plusieurs heures, dans un climat d'inquiétude face à un dispositif régulièrement saturé. Selon la préfecture, 1 931 personnes ont été accueillies durant ces deux journées, un afflux exceptionnel après l'absence d'ouverture en août.
Des centaines de personnes dans la nuit et des témoignages indignés
Dans la nuit de vendredi à samedi, plusieurs centaines d'Ukrainiens se sont présentés devant la préfecture des Alpes-Maritimes, à Nice, dans l'espoir d'obtenir ou de prolonger leur protection temporaire. Certains avaient fait le déplacement depuis plusieurs communes du département, parfois après plusieurs heures de trajet. Sur les réseaux sociaux et auprès de la rédaction de Nice-Matin, plusieurs témoignages font état d'une file qui aurait rapidement grossi au fil de la nuit, jusqu'à dépasser le millier de personnes samedi matin.
Certains racontent avoir dormi dehors, parfois dans des tentes ou à même le sol, pour conserver leur place. « Ma compagne est passée samedi en fin de journée, elle était là depuis 3 heures du matin. Certains étaient là bien avant et des gens dormaient par terre », témoigne un Azuréen, scandalisé par la situation. « Il n'y a nulle part ailleurs où ça se passe comme ça ! »
Un dispositif sous tension et des règles qui inquiètent
Le fonctionnement explique en partie cette concentration. Pour les bénéficiaires de la protection temporaire ukrainienne, l'APS doit être renouvelée régulièrement. Dans les Alpes-Maritimes, où plus de 13 000 personnes bénéficient de ce dispositif, l'accueil est organisé autour d'un guichet spécifique au CADAM. La préfecture indique qu'un seul week-end d'ouverture est habituellement prévu chaque mois. En août, aucun week-end n'a été organisé. Deux ouvertures ont en revanche été programmées en septembre, les 5-6 et les 19-20.
Face à l'affluence du week-end dernier, les services de la Direction de la réglementation, de l'intégration et des migrations ont reçu 1 931 personnes en deux jours, indique la préfecture. Les 17 guichets étaient ouverts dès 8 h 15. La priorité a d'abord été donnée aux ressortissants dont l'APS arrivait à expiration avant la prochaine ouverture. Mais des personnes dont le titre était encore valable jusqu'à la fin du mois ont également pu être reçues.
Cette organisation nourrit toutefois l'inquiétude de nombreux ressortissants. Certains expliquent être venus plusieurs semaines avant l'expiration de leur document, par crainte de ne pas trouver de place lors de la prochaine ouverture. Une situation vécue comme particulièrement anxiogène par ceux qui redoutent une expiration entre deux dates d'ouverture. Les personnes interrogées évoquent les conséquences possibles sur leur emploi, leurs démarches administratives ou leurs droits sociaux et leur prise en charge par l'assurance maladie.
De nouvelles règles européennes et une taxe de 100 euros
À ces difficultés s'ajoutent les interrogations suscitées par les nouvelles règles concernant certaines demandes de protection temporaire. La décision du Conseil de l'Union européenne du 30 juillet 2026 a prolongé le dispositif jusqu'au 4 mars 2028, mais prévoit désormais, pour certains nouveaux demandeurs, de justifier du respect de leurs obligations militaires en Ukraine.
Une disposition qui inquiète des ressortissants ukrainiens rencontrés par Nice-Matin. L'un d'eux redoute notamment les démarches nécessaires pour obtenir les justificatifs demandés. « On doit alors repartir en Ukraine pour obtenir ce papier. Certains n'ont pas de quoi se payer à manger tous les jours », témoigne-t-il. Selon lui, les femmes pourraient également être concernées par ces nouvelles exigences.
Parmi les personnes confrontées à ces difficultés, un Ukrainien installé en France depuis le début de la guerre témoigne également de son incompréhension. Chef d'entreprise depuis deux ans, il explique vivre et travailler en France, y payer ses impôts, mais s'être vu refuser la prolongation de sa protection temporaire. En cause, selon lui, le retard pris dans ses démarches administratives. « Le système français m'a automatiquement considéré comme un nouvel arrivant », dénonce-t-il. La préfecture lui aurait alors demandé de fournir une copie traduite de son document « Reserve + », dans le cadre des nouvelles règles européennes. Une situation qu'il juge difficile à comprendre au regard de son installation durable en France.
La préfecture apporte toutefois une précision importante : cette nouvelle condition ne s'applique pas aux personnes qui bénéficiaient déjà d'une protection temporaire dans un Etat membre avant le 5 août 2026 et l'ont conservée depuis. Elle ne concerne donc pas les renouvellements des personnes déjà protégées. Elle vise notamment les primo-demandeurs et les personnes revenues en Ukraine dont l'APS aurait expiré.
Autre difficulté : le coût du renouvellement. Depuis le 1er mai 2026, une taxe de 100 euros est appliquée aux ressortissants ukrainiens à partir du deuxième renouvellement de leur APS. Une dépense supplémentaire qui s'ajoute aux difficultés administratives rencontrées par certains.
Après un week-end particulièrement tendu, une nouvelle ouverture est prévue les 19 et 20 septembre, avec déjà plus de 450 convocations annoncées.



