Le cambriolage du musée Renoir à Cagnes-sur-Mer, survenu dans la nuit de lundi à mardi, n'est pas sans rappeler un autre vol retentissant d'œuvres d'art perpétré sur la Côte d'Azur. Il y a près de 20 ans, en août 2007, le musée des Beaux-Arts Jules Chéret de Nice avait été la cible d'une équipe de malfaiteurs lourdement armés, en pleine journée. Quatre toiles de maîtres, dont un Monet, un Sisley et deux Brueghel, avaient été dérobées, pour une valeur globale estimée à 22 millions d'euros.
Un braquage éclair en pleine journée
« Couchez-vous ! » Tel est l'ordre craché à travers leurs casques intégraux par les braqueurs aux quelques visiteurs présents en cette fin de journée d'août 2007. Quatre minutes plus tard, les malfaiteurs étaient repartis avec les quatre toiles, sans en abandonner aucune dans leur fuite. Le précieux butin a été récupéré huit mois plus tard grâce à une opération rocambolesque unissant les efforts de la police judiciaire française et du FBI américain.
Un agent infiltré du FBI au cœur de la traque
Cette traque, l'agent infiltré Robert K. Wittman l'a lui-même racontée dans ses mémoires professionnelles publiées aux éditions Sonatines. Outre-Atlantique, ce flic sous couverture était spécialisé dans la récupération des œuvres d'art volées. Sauf que ceux dérobés en 1990 au musée Gardner de Boston lui ont toujours échappé. Bob K. Wittman n'a pas ménagé ses efforts pour les récupérer. Ça a été l'affaire de sa vie. La piste de l'IRA a même été envisagée, avant de faire flop, comme toutes les autres.
Jusqu'à ce qu'en 2006, un tuyau venu de France ne relance une nouvelle fois l'enquête : les tableaux du musée Gardner seraient aux mains du gang corse de la Brise de Mer. Le superflic américain décide alors d'infiltrer le milieu français. Son ticket d'entrée est une ancienne « belle gueule » de Sanary, un braqueur varois parti se mettre au vert en Floride où il se fait appeler « Sunny ». Pour l'amadouer, Robert K. Wittman l'invite à une transaction secrète sur un yacht. Tout est bidon : le bateau provient d'une saisie, les narcotrafiquants comme les escort girls présents à bord sont des agents du FBI et les diamants qui s'échangent de main en main sont en toc. Peu importe, le scénario a beau être cousu de fil blanc, il fonctionne à merveille.
Une chronologie qui interroge
Très vite, la rumeur se répand dans le Sud de la France qu'un Américain plein aux as achète, diamants sur l'ongle, des tableaux volés, surtout les toiles hollandaises. Et c'est peut-être là que le bât blesse. Nous sommes en 2006, soit plus d'un an avant le braquage du musée Chéret. Or, « dans cette affaire, la chronologie des faits a son importance », écrivait, depuis sa cellule, le cerveau présumé de ce braquage. En 2011, à la veille de son procès devant la cour d'assises des Bouches-du-Rhône, Pierre dit « le Basque » affirmait que « le vol de Nice n'aurait pas eu lieu si Wittman n'avait pas fait le forcing… » Une ligne de défense qui n'a manifestement pas convaincu les jurés. « Le Basque » et ses quatre complices ont été condamnés à des peines allant de 2 à 9 ans de prison.



