École sans frontières d'Alès face à la loi immigration : une logique de tri
École sans frontières Alès : inquiétude face à la loi immigration

Alors que le pacte européen Asile et migrations entre en vigueur en 2026, Sophie de Chastellier et Marie-Christelle Calais, bénévoles dans l’École sans frontières Alès en Cévennes (Esfaec), partagent leur inquiétude. « Politiquement, on voit bien que c’est l’exclusion, le renfermement sur soi qui s’installe… »

Une loi européenne contestée

Cette loi européenne, votée par la droite et l’extrême droite, installe aux frontières les demandeurs d’asile dans des centres construits à coût de millions d’euros. Marie-Christelle Calais s’interroge : « Comment ces gens qui arrivent de ces voyages, dans un état pas possible, vont-ils pouvoir raconter leur histoire ? On ne leur en donne même pas le temps et il n’y a aucune garantie de représentation. Les droits humains sont bafoués. C’est impensable d’imaginer cela ! »

Et ces centres sont installés dans des pays soi-disant sûrs mais, en Albanie, des organisations comme le Gisti ont déjà constaté que les conditions n’étaient pas décentes. « Il n’y a aucun contrôle ni garantie. Le seul intérêt pour ces pays, c’est que l’Europe les paie… Il y a une vraie logique de chiffre et de tri », ajoute-t-elle.

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Des obstacles à l'intégration

Avec cette loi, applicable dès juillet 2026, l’objectif est de baisser encore les flux migratoires qui ont pourtant déjà chuté de 38 % en 2024. Marie-Christelle Calais explique : « Ce durcissement est déjà là par la non-délivrance des visas. Et on sait qu’alors les gens viennent en “small boat” avec les dangers que l’on connaît. Le renouvellement des cartes de résident est aussi quasiment impossible et les délais d’attente pour l’Ofpra sont très longs. Le temps est utilisé comme un moyen de régulation, en fait. »

Sophie de Chastellier renchérit : « Et c’est totalement scandaleux pour des familles qui sont là depuis 7 ou 8 ans. L’une d’elles vient de recevoir un avis négatif de son dernier recours devant le tribunal administratif de Toulouse après 9 ans de présence en France ! Et quand le renouvellement de leur carte n’est pas fait, ils perdent tous leurs droits, dont la CMU. »

Autre obstacle sur cette volonté d’intégration, le niveau du diplôme requis s’est véritablement durci. Marie-Christelle Calais précise : « Il faut un niveau B1 pour la demande de résidence et un niveau B2 pour la demande de nationalité. C’est un niveau d’étude au-delà de la moyenne des Français. » Sophie de Chastellier ajoute : « Et c’est combiné avec un examen civique qui comporte des questions pièges sur le nombre de départements, par exemple. Chez nous, un certain nombre de bénévoles n’ont pas réussi… Et à l’École sans frontières, il faut prévoir tout cela en donnant des cours de culture générale, d’éducation civique, sur le fonctionnement du Parlement, des choses qu’un Français moyen ne sait pas ou ne sait plus. »

Une transposition complexe

Ces textes européens, qui entreront en vigueur le 12 juin 2026, seront transposés en droit français, par ordonnance, avec avis consultatif du Conseil d’État. Marie-Christelle Calais observe : « Le but, c’est d’accélérer les choses, de l’étendre aux territoires d’Outre-mer et aussi de voir l’incompatibilité avec certains textes. Cela va être un travail législatif important. Mais la complexité est la règle en matière de droit des étrangers. C’est comme dans l’environnement : une disparité de textes qui se contredisent et n’assurent aucune sécurité juridique. L’intention, c’est de dissuader. »

Le regard des bénévoles sur les demandeurs d'asile

Quel regard portez-vous sur ces demandeurs d’asile depuis votre quotidien à l’École sans frontières ? Sophie de Chastellier répond : « À l’école, ils travaillent et aspirent à être intégrés. Ce sont des gens qui ne ratent jamais un cours. On a 40 nationalités différentes et même entre des étrangers dont les pays sont en guerre, un Russe et une Ukrainienne, par exemple, cela fonctionne parfaitement. Lorsque l’on regarde une personne, cela change tout. »

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Marie-Christelle Calais conclut : « Traiter des chiffres, des dossiers, c’est facile, mais les évacuer quand on connaît leurs histoires, ce n’est plus possible… » Sophie de Chastellier ajoute : « Nous sommes dans une réelle inquiétude. Politiquement, on voit bien que c’est l’exclusion, le renfermement sur soi qui s’installe alors que ces personnes sont une richesse. »