La Cour des comptes a lancé un avertissement sévère sur l'état des finances publiques françaises, jeudi 15 juin 2026, lors de la présentation de son rapport annuel. La présidente de la première chambre, Carine Camby, a déclaré d'emblée : « On peut dire que tous les signaux sont au rouge. » L'institution pointe une dette qui s'envole et des objectifs de réduction du déficit compromis par les incertitudes liées à la guerre au Moyen-Orient.
Des prévisions gouvernementales fragilisées
Alors que le gouvernement prépare le budget 2027 à moins d'un an de l'élection présidentielle, la Cour estime que la cible de déficit à 5 % du PIB pour 2026 est « loin d'être acquise ». En 2025, le déficit a été réduit à 5,1 % du PIB, contre 5,4 % attendus, mais ce résultat est dû uniquement à des hausses d'impôts et de cotisations sociales, les économies sur les dépenses ayant été repoussées. Les dépenses ont augmenté plus vite que la richesse nationale, selon Carine Camby.
La Cour redoute une année 2026 « à risques », avec des « textes financiers en dessous des enjeux, et dont les objectifs déjà modestes sont compromis ». La dégradation de la conjoncture économique, conséquence de la guerre au Moyen-Orient, menace ces objectifs. Le gouvernement anticipe une croissance à 0,9 % et une inflation à 1,9 %, tandis que le consensus des économistes table sur 0,6 % de croissance et 2,1 % d'inflation. Carine Camby estime que l'objectif de croissance ne sera « vraisemblablement pas atteint ».
Une dynamique de la dette inquiétante
Même si les prévisions gouvernementales se réalisaient, la dette publique dépasserait 3 620 milliards d'euros, soit 118,5 % du PIB en 2026, selon la Cour. Cela représente 160 milliards d'euros de dette supplémentaire pour la seule année 2026. Carine Camby alerte sur « l'inquiétante dynamique de la dette engagée en 2024 et poursuivie en 2025 ».
Les Sages de la rue Cambon s'inquiètent également d'une « augmentation massive » de la charge de la dette, qui devrait croître de 12 milliards d'euros en 2026 pour atteindre 77,4 milliards d'euros. Le choc d'inflation lié à la guerre au Moyen-Orient contribue à cette hausse à hauteur de 4 milliards d'euros. Selon les prévisions, la charge d'intérêt de la dette pourrait atteindre 100 milliards d'euros en 2029, soit 3 % du PIB.
Des mesures fortes réclamées
Face à cette situation, la Cour des comptes demande des « mesures fortes » pour ralentir l'endettement et réduire le déficit. Le rapport risque de peser dans un contexte d'inquiétudes économiques, avant la réunion prochaine du comité d'alerte des finances publiques. Carine Camby a souligné que si la France ne parvient pas à tenir l'objectif de déficit à 5 % a minima, cela signifierait qu'elle est incapable de soutenir un effort dans la durée.



