La Délégation parlementaire au renseignement (DPR), instance chargée du contrôle des services de renseignement français, adopte une posture mesurée face aux allégations récurrentes d'infiltration islamiste dans les rangs des services secrets. Selon un rapport parlementaire dont Le Monde a eu connaissance, la DPR estime que les accusations d'« entrisme » sont souvent exagérées et que les services disposent déjà de procédures robustes pour prévenir ce risque.
Une approche prudente face aux accusations
Le document, rédigé par les députés et sénateurs membres de la DPR, souligne que « les allégations d'entrisme islamiste au sein des services de renseignement ne sont pas étayées par des preuves tangibles ». Il précise que les services ont renforcé leurs procédures de vérification et de contrôle interne, notamment depuis les attentats de 2015. La DPR recommande toutefois de rester vigilant et de poursuivre les audits réguliers.
Cette position contraste avec les inquiétudes exprimées par certains élus et médias, qui pointent du doigt des cas présumés de radicalisation parmi le personnel des services. Un député membre de la DPR, sous couvert d'anonymat, a déclaré : « Il y a une forme de psychose autour de ce sujet, mais il faut distinguer les faits avérés des rumeurs. »
Des critiques sur la transparence
Malgré cette retenue, la DPR reconnaît des lacunes en matière de transparence. Le rapport note que les services de renseignement doivent améliorer leur communication avec les autorités de contrôle. « Nous avons parfois du mal à obtenir des informations précises sur les procédures de recrutement et de suivi du personnel », indique le document. La DPR préconise la mise en place d'un rapport annuel public sur les mesures de lutte contre l'entrisme.
En 2023, la DPR a réalisé 12 auditions de responsables des services, dont le directeur général de la Sécurité intérieure (DGSI) et le coordinateur national du renseignement. Ces échanges ont permis de constater que les services ont licencié ou écarté « moins de 10 agents » pour suspicion de radicalisation ces cinq dernières années, selon une source proche du dossier.
Un équilibre délicat entre sécurité et libertés
La question de l'entrisme islamiste touche à un équilibre sensible entre la protection des sources et des méthodes des services, et le droit des citoyens à un contrôle démocratique. La DPR insiste sur la nécessité de ne pas céder à la « surenchère sécuritaire » qui pourrait nuire à l'efficacité des services. « Nous devons éviter de créer un climat de suspicion généralisé qui serait contre-productif », conclut le rapport.



