Un influenceur originaire de Lodève a comparu devant le tribunal correctionnel de Montpellier, jeudi 11 juin, pour des vidéos publiées sur TikTok et Instagram ciblant la communauté juive. Les propos incriminés portaient notamment sur la célébration de la fête d’Hanouka par la Ville de Béziers, ainsi que sur le conflit israélo-palestinien.
Des propos jugés antisémites
Dans ses vidéos, l’influenceur tenait des propos tels que “Les Juifs ont tous les droits”, “La France est devenue Israël”, ou encore “ils montrent des vidéos du génocide palestinien pour vendre leurs armes”. Ces déclarations ont conduit à sa comparution pour “provocation publique à la haine ou à la violence en raison de l’origine, l’ethnie, la nation, la race ou la religion”.
L’Observatoire juif français et la Licra se sont constitués parties civiles dans cette affaire. Les vidéos avaient été signalées au parquet de Paris, pôle national de lutte contre la haine en ligne, avant que les gendarmes de la brigade de recherches de Lodève ne soient saisis pour enquêter.
La défense de l’influenceur
À la barre, le prévenu a nié tout appel à la haine, affirmant qu’il s’adressait à la mairie de Béziers et défendait le principe de laïcité. Interrogé par la présidente Alix Fredon sur le reproche fait aux Juifs, il a rétorqué : “Je n’ai incité personne à se soulever”. Concernant une vidéo sur le conflit israélo-palestinien, il a assuré : “Je parle de l’armée israélienne, je ne m’adresse pas aux Juifs”. Il avait déjà été condamné en 2025 pour apologie publique d’un acte de terrorisme.
Les réquisitions du parquet
Pour l’avocat de la Licra, Me David Mendel, ce discours est clairement antisémite : “On va vous dire ‘je suis là pour dénoncer ce qu’il se passe en Palestine’ ou ‘je défends la laïcité’. Mais oui, monsieur, ce que vous dites, c’est de l’antisémitisme. Vous êtes dans l’incitation à la haine contre les Juifs”. Il a demandé 1 euro symbolique de dommages et intérêts.
Me Maël Suchon, pour l’Observatoire juif français, a renchéri : “Sous les propos contre Israël et la mairie de Béziers, il y a un antisémitisme à peine caché”. Il a rappelé à l’influenceur sa responsabilité en tant que créateur de contenu.
Le procureur Marco Scuccimarra a estimé que “le seuil de la liberté d’expression a été franchi”, requérant quatre mois de prison ferme aménageables sous bracelet électronique.
La décision mise en délibéré
L’avocate du prévenu, Me Emilie Guillaume, a plaidé des “propos maladroits, mais pas antisémites”, affirmant que son client ne critiquait pas les personnes de confession juive mais donnait un avis personnel sur le manque de laïcité. Elle a souligné que les commentaires sous les vidéos montraient un désaccord, ce qui selon elle prouvait l’existence d’un débat sain.
Le tribunal a mis sa décision en délibéré et rendra son verdict le 10 septembre prochain.



