Lundi, Donald Trump a signé un décret qui modifie en profondeur la politique vaccinale américaine, en recommandant notamment d'espacer l'administration de certains vaccins aux enfants et de dissocier le vaccin combiné contre la rougeole, les oreillons et la rubéole (ROR). Cette décision, qui s'applique à l'approche de la rentrée scolaire, survient alors que les États-Unis connaissent leur pire épidémie de rougeole depuis 35 ans. Le gouvernement fédéral, qui n'a pas le pouvoir d'imposer directement ces changements, conseille aux États de revoir leurs obligations vaccinales pour l'accès à l'école.
Des déclarations controversées sur l'autisme
Lors de la présentation du décret dans le Bureau ovale, Donald Trump a de nouveau associé vaccination et autisme, alors que la recherche médicale n'a jamais établi de lien entre les deux. « Il y a des décennies, les enfants ne recevaient qu'une petite fraction des vaccins demandés aujourd'hui. À l'époque, les gens étaient en bien meilleure santé et, bien sûr, le taux élevé d'autisme que nous voyons aujourd'hui n'existait pas », a-t-il déclaré, tout en reconnaissant : « Nous ne savons pas » ce qui cause l'autisme. Le président a également évoqué des injections « de la taille d'une bouteille de soda » administrées aux enfants, sans préciser à quoi correspondait cette comparaison.
Un groupe de travail pour étudier la dissociation du ROR
Le décret prévoit que le ministère de la Santé crée un groupe de travail chargé d'étudier la possibilité de proposer les vaccins contre la rougeole, la rubéole et les oreillons séparément plutôt qu'en une seule injection, « en collaborant avec le secteur privé et d'autres pays, le cas échéant ». Interrogés sur les raisons de cette dissociation, des responsables de la Maison-Blanche n'ont pas fourni d'explication claire. Cette initiative intervient dans un contexte où la couverture vaccinale des enfants américains est en baisse, avec seulement 92 % des enfants de moins de 2 ans vaccinés contre la rougeole, selon les données des CDC.
L'opposition des pédiatres et des républicains
L'Académie américaine de pédiatrie (AAP) s'oppose fermement à cette modification. Son président, Andrew Racine, estime qu'il faudrait plus d'une décennie pour développer des vaccins séparés homologués aux États-Unis. « Nous recommandons de continuer à administrer aux enfants un vaccin dont la sécurité est étayée par des décennies de données », a déclaré Aaron M. Milstone, membre de l'AAP. Le sénateur républicain et médecin Bill Cassidy a également critiqué le décret, estimant qu'il pourrait « accroître la méfiance et compromettre la sécurité des enfants ». Il a ajouté : « Ce décret est une erreur. Le président ne dispose pas de l'expertise nécessaire pour mettre en œuvre ces changements. Les vaccins sont extrêmement sûrs. Les vaccins sont efficaces. Les vaccins NE PROVOQUENT PAS l'autisme. »
Le rôle de Robert F. Kennedy Jr
Depuis sa nomination comme ministre de la Santé, Robert F. Kennedy Jr, connu pour ses positions antivaccins, a engagé un vaste réexamen des vaccins, modifié le calendrier des vaccinations pédiatriques et supprimé des financements destinés au développement de nouveaux vaccins, suscitant de fortes critiques de la communauté médicale et scientifique. La justice américaine avait suspendu plus tôt en 2026 la refonte de la politique vaccinale engagée par Kennedy, plusieurs associations de soignants estimant ces mesures illégales. Jeffrey Singer, de l'institut Cato, a aussi critiqué la nouvelle orientation : « Les modifications proposées par l'administration Trump au calendrier vaccinal des enfants illustrent les risques liés au fait de laisser les recommandations du gouvernement occuper une place privilégiée dans la prise de décision médicale. »
Impact sur la santé publique
Cette décision intervient alors que les États-Unis enregistrent plus de 1 200 cas de rougeole cette année, le nombre le plus élevé depuis 1990. Les experts en santé publique craignent que ces changements n'aggravent une situation déjà critique, en réduisant encore la couverture vaccinale et en augmentant le risque d'épidémies dans les écoles. Les États, qui sont responsables de leurs propres politiques vaccinales, devront décider s'ils suivent les recommandations fédérales, ce qui pourrait créer une mosaïque de règles à travers le pays.



