L'avocat de Christian Estrosi, l'ancien maire de Nice, a répondu à Eric Ciotti sur les justificatifs des notes de frais. Photo Sébastien Botella / Nice-Matin réservé aux abonnés Voir nos offres
Où sont passés les justificatifs des frais de Christian Estrosi ? Mystère et boule de gomme… Une seule chose est certaine : la vérité ne sortira pas de la bouche de l'ancien maire (Horizons) de Nice, et elle risque de ne pas être connue avant longtemps. Mis en demeure le 30 mai 2026 par son successeur (UDR) Éric Ciotti de rendre des comptes sous 30 jours, l'ancien homme fort de la Ville a répliqué par la voix de son avocat. Et la réponse a été un « non » catégorique : Christian Estrosi ne fournira aucun document.
Le premier magistrat niçois a donc décidé d'anticiper le signalement qu'il avait promis de faire une fois l'ultimatum de 30 jours expiré. En conseil municipal ce vendredi 19 juin, Éric Ciotti a indiqué qu'il allait signaler dès à présent les faits au procureur de la République de Nice, Damien Martinelli. Il a aussi lancé un audit sur les dépenses de l'ancien maire et sur des frais qu'il soupçonne sous-évalués. Les conclusions devraient être rendues publiques dans le courant du mois de juillet.
312.023 euros dépensés, zéro reçu dans les cartons
Après le changement de majorité en mars dernier, les équipes d'Éric Ciotti ont passé les services métropolitains au peigne fin. Le verdict, révélé dans un courrier du 22 mai, que nous nous étions procuré, est sans appel : « Entre mai 2016 et décembre 2025, la collectivité a engagé 380.908,38 euros de frais de représentation au profit de Christian Estrosi ». Après déduction de certains reversements, le montant dépensé s'élève à 312 023,33 euros. Le tout sans aucun justificatif, jure la nouvelle municipalité.
Selon la nouvelle majorité, l'argent est bel et bien sorti des caisses de la Métropole, mais « les premières vérifications des services municipaux n'ont pas permis de retrouver les pièces justificatives permettant d'établir précisément la nature et le fondement de l'ensemble de ces dépenses ». En clair, impossible de savoir ce qu'ont financé ces centaines de milliers d'euros d'argent public.
À l'origine, une association qui s'était attaquée à Anne Hidalgo
L'affaire a démarré sous l'impulsion de Transparence citoyenne, une association créée en 2023 et présidée par Guillaume Leroy. Après s'être attaquée aux notes de frais de Robert Ménard à Béziers ou d'Anne Hidalgo à Paris, l'association a ciblé Christian Estrosi. Devant le refus « obstiné » de ce dernier de communiquer ses frais, l'association avait même saisi la justice administrative de Nice le 10 octobre 2024, une procédure toujours en cours.
Mais la donne a changé le 24 avril dernier, lorsque Transparence Citoyenne a écrit au nouveau locataire de l'hôtel de Ville de Nice pour tenter d'obtenir les justificatifs tant réclamés. Le député-maire ne s'était pas fait prier pour demander que l'on épluche la gestion de son éternel rival.



