La ville de Spokane, dans l'État de Washington, est méconnaissable. En ce début août, le ciel est ocre, l'air est saturé de particules fines et les habitants se déplacent masqués. « On dirait une zone de guerre », témoigne un pompier local, alors que la saison des feux de forêt dans le nord-ouest des États-Unis atteint un niveau exceptionnel, avec plus de 1,2 million d'hectares déjà partis en fumée dans la région.
Des incendies hors norme dans le nord-ouest
Depuis plusieurs semaines, des dizaines de feux actifs ravagent les États de Washington, de l'Oregon et de l'Idaho. Selon le Centre national interagences des incendies (NIFC), la surface brûlée dépasse déjà la moyenne décennale de 40 %. Les autorités locales évoquent des conditions météorologiques extrêmes : des températures dépassant 40 °C, une sécheresse record et des vents violents qui attisent les flammes.
Le plus grand foyer, l'incendie de « Pioneer », a consumé plus de 200 000 hectares à la frontière entre l'Oregon et l'Idaho. Il n'est maîtrisé qu'à 15 %, selon les pompiers. Les équipes au sol et les avions bombardiers d'eau sont déployés en nombre, mais la progression des flammes reste difficile à contenir.
Spokane sous les cendres
Spokane, deuxième plus grande ville de l'État de Washington avec environ 230 000 habitants, est particulièrement touchée. Les autorités ont émis des alertes à la qualité de l'air, classée à un niveau « très malsain ». Les écoles ont annulé les activités en extérieur, et les hôpitaux signalent une hausse des admissions pour problèmes respiratoires.
« Nous vivons dans une fumée permanente depuis trois semaines », confie Sarah Jenkins, une habitante de Spokane, à l'agence Associated Press. « On ne voit plus le soleil, seulement une boule rougeâtre. Mes enfants toussent toute la journée. » La ville a ouvert des centres de refroidissement et de purification de l'air, mais les files d'attente s'allongent.
Des conséquences économiques et sanitaires
Outre la santé, l'économie locale est durement frappée. Les exploitations agricoles de la région, notamment les cultures de pommes de terre et de blé, subissent des pertes estimées à plusieurs centaines de millions de dollars. Les compagnies d'assurance prévoient déjà une augmentation des primes pour les zones à risque.
Le gouverneur de l'État de Washington, Jay Inslee, a déclaré l'état d'urgence et demandé l'aide du gouvernement fédéral. « Nous faisons face à une crise climatique qui n'est plus un phénomène lointain : elle est à nos portes », a-t-il affirmé lors d'une conférence de presse. Le président Joe Biden a promis d'envoyer des renforts, mais les experts estiment que la saison des feux pourrait durer jusqu'à l'automne.
Un phénomène aggravé par le changement climatique
Les scientifiques rappellent que le changement climatique amplifie ces phénomènes. Selon une étude de l'université de Californie, les surfaces brûlées dans l'ouest des États-Unis ont quadruplé depuis les années 1980. Les étés plus chauds et plus secs assèchent la végétation, créant un combustible idéal pour les incendies.
Les associations environnementales appellent à des mesures plus drastiques pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. « Chaque année, nous battons des records, et pourtant nous continuons à investir dans les énergies fossiles », dénonce Elena Rodriguez, porte-parole du Sierra Club. « Les communautés comme Spokane en paient le prix fort. »
Une mobilisation sans précédent
Face à l'ampleur de la catastrophe, plus de 5 000 pompiers sont mobilisés, venus de tout le pays et même du Canada. Des volontaires s'organisent pour distribuer des masques et de l'eau. La Croix-Rouge a installé des abris pour les évacués, qui se comptent par milliers.
À Spokane, la solidarité s'organise. « On se sent impuissants, mais on essaie d'aider comme on peut », explique un bénévole. Les autorités locales recommandent à la population de limiter les déplacements et de surveiller les bulletins d'information. La saison des feux est loin d'être terminée, et les prochaines semaines s'annoncent critiques.



