2018 : Ubisoft face à Vivendi, la victoire des frères Guillemot
2018 : Ubisoft contre Vivendi, victoire Guillemot

En 2018, les frères Guillemot ont infligé un revers cinglant à Vincent Bolloré en obligeant Vivendi à céder sa participation de 27 % dans Ubisoft, mettant fin à une bataille de plus de deux ans pour le contrôle du créateur de jeux vidéo. Cette victoire a scellé l'indépendance du groupe français face à l'un des conglomérats les plus influents du capitalisme hexagonal.

Une montée au capital progressive

Tout commence fin 2015, lorsque le groupe dirigé par Vincent Bolloré accumule discrètement des actions Ubisoft. En quelques mois, Vivendi franchit le seuil de 10 %, puis 20 % du capital. En février 2018, le groupe détient plus de 26 % des parts et multiplie les demandes de représentation au conseil d'administration.

Pour les Guillemot, fondateurs et dirigeants historiques de l'éditeur de jeux, la menace est claire : une prise de contrôle de Vivendi, alors connu pour ses méthodes interventionnistes chez Havas ou LVMH, pourrait remettre en cause la stratégie créative qui fait la réussite d'Ubisoft. Le souvenir de Gameloft, racheté par Vivendi en 2016 contre l'avis de ses dirigeants, reste vif.

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La riposte des frères Guillemot

Face à cette pression, Yves et Gérard Guillemot mobilisent l'ensemble de l'actionnariat. Ils s'appuient sur des investisseurs de long terme, notamment le fonds canadien Buffet, et la famille renforce sa propre participation. Une émission d'actions réservée à des alliés stratégiques est lancée pour diluer l'influence de Vivendi.

Surtout, les Guillemot bénéficient du soutien du public et des salariés. En mars 2018, une manifestation symbolique réunit plusieurs milliers de fans devant le siège d'Ubisoft à Montreuil pour défendre l'indépendance du studio. La pression médiatique et politique devient telle que Vivendi, qui espérait une déstabilisation rapide, se heurte à un front uni.

L'issue : le désengagement de Vivendi

Le 20 mars 2018, Vivendi annonce la vente de la totalité de sa participation à un groupe d'investisseurs, dont les frères Guillemot eux-mêmes. Le prix de cession est de 66 euros par action, soit deux milliards d'euros au total. L'opération permet à la famille Guillemot de repasser au-dessus de 10 % du capital et de conforter son contrôle, tout en conservant des droits de vote renforcés.

Ce désengagement est assorti d'une clause de non-agression : Vivendi s'interdit de racheter des titres Ubisoft pendant cinq ans. Selon des sources proches du dossier, cet engagement a été l'une des conditions clés posées par les investisseurs amis. Dans son communiqué, Vivendi qualifie l'opération d'« issue constructive », une formulation perçue par les analystes comme un aveu d'échec stratégique.

Les conséquences pour Ubisoft

Cette victoire historique a renforcé l'autonomie d'Ubisoft sur tous les plans. Depuis lors, le groupe a enchaîné les succès commerciaux, comme Assassin's Creed Odyssey en 2018 ou Tom Clancy's Rainbow Six Siege, devenu l'un des jeux les plus rentables de l'industrie, avec plus de 65 millions de joueurs inscrits en 2020.

Au-delà de l'aspect financier, l'épisode a marqué les esprits dans le monde des affaires. Il a démontré qu'une entreprise française peut résister à un prédateur capitalistique grâce à une vision de long terme, à une capacité de mobilisation des parties prenantes et à une popularité inattendue auprès du grand public.

Aujourd'hui, les analystes s'accordent à dire que le rapport de force s'est inversé : Ubisoft est devenu un acteur incontournable, convoité par des géants comme Tencent, Microsoft et Apple, tandis que les frères Guillemot restent solidement aux commandes. L'avenir dira si cette indépendance demeure un atout ou une fragilité dans un marché marqué par les consolidations.

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