C'était le 10 juillet 2026. Le sort d'une dizaine de bancs autrefois disposés sur la place Blanqui, à Saint-Tropez, a été scellé dans le vacarme des machines. Les disqueuses ont cisaillé le mobilier urbain à la base, sous les yeux des habitants et des touristes. La surprise passée, le bruit des ragots a pris le relais. « Mais pourquoi ? », c'est la question qui résonne depuis sur toute la place. Et les suppositions ont commencé à fuser.
Une hypothèse : éloigner les sans-abri
Une hypothèse a rapidement été adoptée à la majorité : « C'est sûrement à cause des sans-abri... », propose une serveuse travaillant sur la place. Devant cette possibilité, c'est l'indignation qui l'emporte : « Si c'est ça, c'est moche, les pauvres. Avant on avait des problèmes, mais cette année ils ne dérangeaient pas ! » D'autres ne sont pas du même avis. Un employé du restaurant voisin comprend : « Si c'est ça, c'est normal, dans un village comme Saint-Tropez, il y a un certain standing à respecter », tranche-t-il.
Indépendamment des avis, si les riverains ont vu juste, la stratégie semble pour l'instant échouer. Les sans-abri n'ont pas quitté la place, qui continue d'être leur point de rendez-vous quotidien en matinée. Jeudi 30 juillet 2026, la police municipale leur demandait encore de « bouger ». Les personnes sans domicile fixe sont désormais à terre, tout comme les touristes qui s'assoient à même le sol.
« C'est embarrassant pour une mairie »
La situation suscite des réactions contrastées dans ce quartier très touristique où trône le Musée de la Gendarmerie et du Cinéma, ainsi qu'un Monoprix. Un riverain déplore : « C'est embarrassant pour une mairie d'en arriver là face à quatre sans-abri, surtout qu'ils ont fait ça pour rien, ils sont toujours là ! »
Ceux vers qui tous les regards se tournent ont aussi leur avis. « C'est simple, il y a trois possibilités. Soit c'est pour que les touristes aillent manger ailleurs, dans les restaurants, plutôt que sur la place. Soit c'est parce que les bancs sont régulièrement salis et demandent trop d'entretien. Soit c'est pour nous, parce qu'ils ne supportent pas de voir des gens boire sur la place... », suppose l'un des sans-abri.
La mairie évoque une « sécurité sanitaire »
Sollicitée, la municipalité a fini par répondre de façon sibylline : « Les bancs de la place Blanqui ont été retirés pour des raisons de sécurité sanitaire ». Un retrait qui ne serait pas définitif, à en croire la même source : « Les bancs seront réinstallés après les Voiles de Saint-Tropez ». On se demande toutefois comment refixer ces derniers sur leurs pieds en métal, cisaillés à la base.
En attendant, leur absence se fait sentir. Le socle de la statue de Brigitte Bardot est devenu le lieu de pause pour touristes comme pour sans domicile fixe. La place, située à l'entrée du village et à proximité de la gare routière, est l'un des points clés d'arrivée des touristes. Plus qu'un lieu de passage, elle représente aussi une étape grignotage pour les familles à toute heure de la journée. Cette étape se déroule désormais assis par terre.
Une « norme saisonnière » ?
Cette situation « à terre » autant qu'atterrante deviendra-t-elle la nouvelle « norme saisonnière » ? La municipalité ne souhaite pas se prononcer pour l'instant. Les habitants, eux, attendent de voir si les bancs seront réellement réinstallés après la célèbre régate. En attendant, la place Blanqui continue de vivre, mais dans une configuration inédite, où le béton et le bitume remplacent le bois des assises.
Ce choix municipal interroge sur la gestion de l'espace public dans les villes touristiques de la Côte d'Azur. Entre volonté de contrôle et nécessité de propreté, la suppression du mobilier urbain apparaît comme une mesure radicale, dont l'efficacité reste à prouver. Les sans-abri, eux, sont toujours là, fidèles à leurs habitudes, sous le regard de la police municipale qui veille. Les touristes, de leur côté, s'adaptent et s'installent où ils peuvent. La place Blanqui est devenue le symbole d'une politique contestée, où la carte postale se heurte à la réalité sociale.



