Blanche Grimaldi : l'histoire oubliée de la régente de Monaco en 1532
Blanche Grimaldi : la régente oubliée de Monaco en 1532

Une femme effacée par l'Histoire

Il est des femmes que l’Histoire a fait passer comme des ombres. Elles ont existé puis ont disparu, effacées par la présence, le pouvoir et l’ambition des hommes. Et l’Histoire les a oubliées — ou presque. Au XVIe siècle, Blanche Grimaldi fut de celles-là. On l’appelait aussi Bianca Grimaldi. On sait peu de choses sur elle. Elle demeure une énigme.

Un chemin souillé de sang

Au printemps de l’an 1532, alors que Monaco n’était encore qu’une seigneurie battue par les vents marins et les intrigues terrestres, cette femme arriva au pouvoir sur un chemin souillé de sang. Dans la vie des Grimaldi rien n’était simple. Depuis plusieurs générations, la famille luttait pour conserver sa place face aux grandes familles génoises rivales. Blanche était la fille de Claudine Grimaldi, laquelle avait elle-même gouverné Monaco de 1457 à 1458 avant de remettre son pouvoir à l’homme qu’elle avait épousé, Lambert. À la mort de celui-ci son fils Jean II lui succéda. Mais en octobre 1505, il fut assassiné par son propre frère Lucien, désireux de prendre sa place. Lucien Grimaldi était l’un des frères de Blanche.

L'assassinat de Lucien et la régence

Dix-huit années plus tard, Lucien tombait à son tour sous les coups de son neveu Barthélémy Doria. Comme le fils de Lucien n’avait que 9 mois, il fallut trouver un régent. Ce fut son frère Augustin Grimaldi, évêque de Grasse. Celui-ci mourut (sans doute empoisonné) le 13 avril 1532. Il n’était pas bon de régner sur Monaco à cette époque !

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Blanche Grimaldi, une régente contestée

C’est alors qu’entra en scène Blanche Grimaldi, sœur des précédents — Jean II, Lucien et Augustin. Elle avait cinquante-deux ans et appartenait à la haute noblesse provençale, étant veuve d’Honoré de Villeneuve, baron de Tourrettes (Tourrettes-sur-Loup). Monaco, à l’époque, avait été placé sous la tutelle de l’Espagne et de Charles Quint par Augustin Grimaldi. Mais Blanche était favorable à un rapprochement avec la France. La famille Grimaldi était divisée entre le « clan espagnol » et le « clan français ».

Blanche Grimaldi se trouva alors à la merci des représentants des trois communes de Monaco, Menton et Roquebrune qui étaient dévoués à Charles Quint et qui allèrent chercher à Gênes deux autres membres de la famille, Ansaldo et Nicolas Grimaldi. Décidés à contrer Blanche, ils invoquèrent l’existence d’un prétendu testament de Lucien qui aurait confié la tutelle de ses enfants à Ansaldo et d’une déclaration d’Augustin qui aurait désigné Nicolas comme son successeur. Nicolas et Ansaldo arrivèrent à Monaco à bord du navire d’André Doria (appartenant, lui, à la famille de l’assassin de Lucien).

Neuf jours de règne partagé

Blanche Grimaldi dut accepter de partager le pouvoir avec Nicolas Grimaldi. Ansaldo, lui, repartit à Gênes avec la promesse qu’aucune décision importante ne serait prise sans son accord. Ainsi une co-seigneurie fut-elle instaurée entre Blanche et Nicolas Grimaldi. Mais les choses échouèrent rapidement. C’est le moins qu’on puisse dire ! L’attelage ne dura que... neuf jours. Neuf jours et Nicolas Grimaldi quitta ses fonctions ! Il fut remplacé par un autre membre de la famille, Étienne Grimaldi. C’était, semble-t-il, son frère cadet. Âgé de 40 ans, il était membre influent des Grimaldi de Gênes, disposait d’appuis importants et d’une solide expérience des affaires. Il avait eu l’occasion d’accompagner Charles Quint en Italie et en Allemagne.

L'éviction de Blanche

Voici donc à présent Blanche cogérante de Monaco avec Étienne. Comment les choses vont-elles se passer ? Mal ! Étienne ne voulait pas d’un pouvoir partagé. Il s’arrangea à chasser Blanche. Cela se passa le 1er juillet 1532. Elle n’était restée à la tête de Monaco que deux mois et demi !

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Le « Gubernant » Étienne Grimaldi

Dès lors, Étienne Grimaldi administra Monaco pendant trente ans, se faisant appeler le « Gubernant », s’érigeant en père adoptif du seigneur héritier, fils de Lucien Grimaldi, Honoré Ier, continuant à exercer son pouvoir lorsque celui-ci atteignit la majorité. Derrière tout cela, il y avait, bien sûr, la main d’un homme : Charles Quint. L’empereur tirait les ficelles. Ayant obtenu ce qu’il avait voulu — à savoir l’installation d’Étienne Grimaldi — il combla Monaco d’incroyables cadeaux territoriaux. On l’a oublié mais Monaco allait étendre considérablement, à cette époque, sa présence et son autorité dans le sud de l’Italie.

Les femmes à la tête de Monaco

Au cours des siècles, plusieurs femmes furent à la tête du pays. En dehors de Blanche Grimaldi et de sa mère Claudine, il y eut aussi Pomellina Fregoso (1387-1468) épouse du seigneur Jean Ier de Monaco, qui exerça la régence à plusieurs reprises durant l’absence de son époux entre 1437 et 1441, ainsi qu’entre 1457 et mars 1458, en tant que tutrice de sa petite-fille Claudine. Elle fut ainsi la première femme à régner sur Monaco.

Au XVIIIe siècle, en 1730, il y eut aussi Louise-Hippolyte Grimaldi, qui elle, eut le titre de princesse (Monaco était devenue une principauté entre-temps). Son père Antoine Ier n’ayant pas eu de fils pour lui succéder, il fut fait appel à elle pour gouverner Monaco, en accord avec le roi de France. Elle ne régna que onze mois, étant emportée par la maladie. Son mari Jacques de Matignon lui succéda moins d’un an et céda son titre de prince à son fils Honoré III.