Le Rassemblement national, qui ne compte actuellement que trois sénateurs, espère atteindre le cap des dix sièges et constituer un groupe parlementaire après les sénatoriales du 27 septembre. Pour y parvenir, le parti a activé plusieurs leviers : une alliance cruciale avec les ciottistes de l'UDR, un travail de dentelle auprès des « grands électeurs » et une infiltration discrète des conseils municipaux.
Une campagne ciblée auprès des grands électeurs
Élection atypique, le scrutin sénatorial repose sur un corps de grands électeurs issus quasi-essentiellement des conseils municipaux. Or, malgré une implantation locale grandissante et plusieurs mairies glanées aux municipales de mars, le RN reste encore loin derrière les partis traditionnels. Pour convaincre ces électeurs, le parti s'appuie sur ses sympathisants présents dans les conseils municipaux. « Beaucoup de sympathisants RN ont intégré les conseils municipaux », glisse le directeur de campagne Ludovic Pajot. L'enjeu est donc de les identifier. S'ils sont encartés, aucun problème. Pour les élus sans étiquette en revanche, seul le bouche à oreille fonctionne. « Dans les petits villages, on a des adhérents. On les cible, car souvent ils connaissent les élus du conseil municipal. Ça nous permet de créer le contact », explique l'élu.
En Gironde, la députée Edwige Diaz, candidate aux sénatoriales, se déplace toujours avec la liste des 3.740 grands électeurs du département dans son sac et la soumet à chacun de ses rendez-vous. « On demande aux gens s'ils connaissent quelqu'un qui pourrait nous soutenir », détaille-t-elle. « En 2014, ma campagne consistait essentiellement à passer des appels et se faire balader », douze ans plus tard « je suis reçue plus facilement, j'ai même des maires qui m'appellent », explique cette proche de Marine Le Pen. Signe que l'entreprise de dédiabolisation du RN marche aussi à l'échelon local.
Une implantation discrète dans les conseils municipaux
Les sénatoriales se préparent dès la campagne des municipales. Et il n'est pas rare de voir le RN placer, discrètement ou non, certains sympathisants sur des listes municipales, à défaut de constituer une liste autonome. « Certains arrivent en disant qu'une des conditions de leur adhésion au conseil municipal, c'est d'être nommé grand électeur aux sénatoriales. Cela doit nous alerter », reconnaît la sénatrice Maryse Carrère (Parti radical de gauche). C'est ainsi qu'en 2023, le délégué départemental RN de Seine-et-Marne Aymeric Durox est parvenu à créer la surprise en raflant un siège alors que son parti ne comptait aucune mairie RN dans le département. « C'est un travail de longue haleine. On est bien organisé, on va là où la droite traditionnelle ne va plus », dit le sénateur.
En campagne, les sénateurs sortants remarquent cet entrisme minutieux. « L'implantation cachée du RN, elle tourne à plein. Des élus avancent masqués, c'est clair », s'inquiète un candidat socialiste.
L'alliance avec l'UDR, un poids décisif au Sénat
Loin d'être incontournable à l'Assemblée nationale, l'alliance avec Éric Ciotti prend un tout autre poids au Sénat. À lui seul, le gain de Nice par l'ancien patron des Républicains peut faire espérer trois sièges à l'Union des droites pour la République dans les Alpes-Maritimes, soit presque un tiers de l'effectif requis pour créer un groupe. « Pour les sénatoriales en particulier, cette alliance a vraiment du sens. Elle nous permet de ratisser beaucoup d'élus divers droite qui peuvent venir vers nous sans se trahir », explique Aymeric Durox. L'UDR et le RN font donc campagne ensemble presque partout. La tête de liste est même ciottiste dans plusieurs départements comme la Haute-Savoie ou la Creuse. Et certains visages sont connus localement, comme l'ex-maire de Montauban Brigitte Barèges, désormais en lice pour le Sénat. « Quand un Ciotti vient vous soutenir (aux sénatoriales), cela veut dire quelque chose », admet Edwige Diaz, qui a reçu la visite du maire de Nice en Gironde.
Des débauchages chez LR pour compléter le futur groupe
En toile de fond, le RN s'active aussi pour rallier certains sénateurs ou candidats, qui pourraient venir compléter le futur groupe, voire permettre de le concrétiser. Même si les responsables de la droite sénatoriale s'affichent confiants sur d'éventuels transfuges, le sénateur RN du Pas-de-Calais Christopher Szczurek a fait état de « contacts » avec des parlementaires de droite et du centre pour des ralliements éventuels. L'un d'eux a déjà franchi le pas : le sénateur Henri Leroy, passé de LR à l'UDR, se retrouve désormais N.3 sur la liste UDR des Alpes-Maritimes. Et dans les Bouches-du-Rhône, c'est l'ex-LR Marie-Pierre Callet, tout juste débauchée, qui mène la liste RN. « Si on a un groupe politique, on va attirer d'autres élus », veut croire Ludovic Pajot. Au RN, on s'attend surtout à des ralliements en nombre dans un autre cas de figure : la victoire de Marine Le Pen au printemps 2027.



