Florence Bouyssi, présidente de l'Accompagnement éducatif région mentonnaise (AERM), dresse un constat alarmant sur le niveau scolaire des enfants qu'elle accompagne bénévolement depuis six ans à Menton. Interrogée après la publication des résultats de l'enquête internationale PISA 2025 par l'OCDE, elle estime que les difficultés sont bien réelles sur le terrain, notamment en orthographe et en compréhension.
Des difficultés profondes en lecture et en écriture
Pour Florence Bouyssi, les résultats PISA ne sont pas une surprise. Elle observe chaque semaine des « réponses assez hallucinantes » et un niveau global faible, surtout en orthographe. Elle note un « décalage important entre l'oral et l'écrit » : certains enfants comprennent une question posée oralement mais sont incapables d'écrire correctement la réponse. Ils peinent également à résumer un texte et à identifier les informations essentielles. Elle précise toutefois que l'association n'est pas représentative de tous les élèves, car elle accueille principalement des enfants en difficulté.
Les principales difficultés concernent la lecture, l'écriture et la compréhension. Certains enfants comprennent ce qu'ils lisent mais ne savent pas le retranscrire par écrit. La situation est aggravée à Menton, ville frontalière avec l'Italie, par l'arrivée d'enfants étrangers : beaucoup viennent d'Italie, d'autres sont maghrébins ayant vécu en Italie, ou encore ukrainiens parlant ukrainien et russe.
Le problème des enfants non francophones en primaire
Florence Bouyssi souligne que les enfants arrivant au collège sans parler français bénéficient de classes spécifiques pour apprendre la langue pendant un ou deux ans avant d'intégrer le parcours normal. En revanche, « à l'école primaire, ces classes n'existent pas ». Les enfants sont directement intégrés dans les classes ordinaires, ce qui crée de grosses difficultés lorsqu'ils ne comprennent pas le français. Paradoxalement, il peut donc être plus facile pour eux d'arriver en France plus tard, au collège.
Elle se dit « absolument » favorable à la création de ces classes spécifiques en primaire. Elle est également clairement favorable au redoublement : « Quand un enfant arrive en CE2, il doit savoir lire et écrire. S'il n'en est pas capable, je pense qu'il doit redoubler. »
Responsabilités partagées entre école et familles
Selon elle, les difficultés viennent « un peu de tout ». Elle est frappée par le nombre de fois où les enfants lui disent qu'ils n'ont pas eu cours parce que leur professeur était absent, en formation ou en grève. Mais elle pointe aussi le problème des familles : à Menton, beaucoup de parents sont étrangers et dans certaines familles on ne parle pas français à la maison, ce qui prive les enfants d'un accompagnement dans cette langue.
Elle constate également l'impact des écrans et des réseaux sociaux : « Les enfants lisent beaucoup moins et sont très peu attirés par les livres. » Les textos et réseaux sociaux, souvent mal écrits, n'aident pas à améliorer l'orthographe et la grammaire. Le rôle des parents est « primordial » : ils doivent donner l'exemple, car les enfants imitent ce qu'ils voient. Si les parents sont constamment devant des écrans et jamais avec un livre, cela ne favorise pas la lecture.
Des classes trop hétérogènes et une action bénévole concrète
Florence Bouyssi dénonce aussi les classes très hétérogènes : il est très difficile pour un enseignant de faire cours à une classe de 30 élèves avec des niveaux très différents, notamment lorsque certains ne parlent presque pas français. Elle préconise moins d'élèves par classe et davantage de groupes de niveau.
L'AERM apporte une aide concrète : un bénévole accompagne un élève pendant une heure sur une matière, le plus souvent le français ou les mathématiques. « Une heure de lecture avec un enfant qui ne lit jamais dans la semaine, c'est déjà une heure de gagnée », explique-t-elle. L'association compte une vingtaine de bénévoles et a accompagné une trentaine d'enfants l'année dernière, plus environ 60 adultes dans son activité de français langue étrangère.
Tout est gratuit, à l'exception de la cotisation annuelle : 10 euros pour le premier enfant, 5 euros pour les autres enfants d'une même fratrie, et 15 euros pour les adultes. L'association n'a aucun salarié. Pour Florence Bouyssi, la plus grande satisfaction est d'avoir de bonnes relations avec les élèves, enfants comme adultes, et de voir leur progression. Pour adhérer ou obtenir des informations, il suffit d'envoyer un mail à aerm06500@gmail.com ou un SMS au 06 03 35 96 35.



