Aubrac : 150 prairies suivies pour anticiper le climat
Aubrac : 150 prairies suivies pour le climat

Un programme de recherche va suivre 150 prairies du Massif central, dont quinze en Aubrac, pendant au moins dix ans afin de comprendre leur évolution face au changement climatique. Porté par l’Inrae de Clermont-Ferrand et les Conservatoires botaniques nationaux, ce projet a donné lieu à une rencontre sur le terrain mercredi 16 septembre 2026 à Saint-Urcize (Cantal), réunissant éleveurs et partenaires.

Un suivi de longue durée sur 150 parcelles

Les 150 parcelles étudiées s’étendent du Morvan au Haut-Languedoc, dont quinze situées en Aubrac. Les chercheurs mesureront les effets des évolutions climatiques, la capacité de résistance des prairies et l’incidence des pratiques agricoles sur la production d’herbe destinée au pâturage ou à la récolte de foin. « Quand on fait des inventaires, on compte jusqu’à 100 espèces de plantes différentes, dont certaines rares ou patrimoniales », explique le botaniste François Prud’homme. Cette diversité pourrait jouer un rôle dans la résistance aux épisodes climatiques extrêmes, certaines espèces parvenant à se maintenir ou à se régénérer.

De la flore aux pratiques des éleveurs

Chaque parcelle fera l’objet de nombreux suivis : flore, insectes et sols, notamment la réserve en eau, les stocks de carbone, les racines, les nutriments et la diversité microbienne. Les chercheurs prendront aussi en compte les pratiques des éleveurs, comme le pâturage, la fertilisation ou la fréquence des fauches. Des images satellites et des données météorologiques compléteront ces observations, avec l’installation prochaine de stations connectées. « Nous faisons l’hypothèse que la biodiversité des prairies, leur flore, leurs insectes, mais aussi la vie de leurs sols, sont des leviers pour une production durable d’herbe en quantité et en qualité », indique Julien Pottier, chercheur à l’Inrae.

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Croiser recherche et expérience du terrain

En Aubrac, le Parc naturel régional a constitué un groupe d’éleveurs afin de confronter les données scientifiques à leurs observations. « Peu d’études croisent les savoirs agricoles et écologiques », souligne François Prud’homme. Les chercheurs s’intéresseront notamment aux prairies à narcisses et à la qualité des fumiers épandus. Les prairies anciennes, qui n’ont pas été retournées de mémoire humaine, feront l’objet d’un suivi spécifique : quinze ont été sélectionnées dans le Massif central, dont cinq en Aubrac. Sur une parcelle située à 1 200 mètres d’altitude, un éleveur décrit une prairie jamais labourée, utilisée pour le pâturage et la fauche. « C’est ici que l’on fait notre meilleur foin. Nos vaches pâturent depuis le 28 avril et elles ont toujours de quoi manger aujourd’hui », témoigne-t-il.

Des réponses attendues face au changement climatique

Pour Robert Dardé, les évolutions observées ces dernières années soulèvent de nombreuses questions. « Quand on a monté nos vaches en estive fin mai cette année, nos parcelles à côté de Laguiole n’ont plus poussé. Évidemment, quand il fait 40 °C, plus rien ne pousse. Ce changement climatique nous inquiète vraiment. » L’éleveur espère mieux déterminer les périodes de pâturage et de fauche, afin de conserver une herbe de qualité tout en permettant aux plantes de se réensemencer. Thierry Champagne, éleveur à Prinsuéjols, attend lui aussi des recherches des éléments pour « mieux piloter nos différentes parcelles face à ces situations climatiques ». Les données recueillies seront communiquées chaque année aux éleveurs et aux partenaires. De premières interprétations sont attendues d’ici environ trois ans et une publication scientifique est annoncée à l’horizon 2029.

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