Le vice-amiral d’escadre Laurent Hermann, nouveau préfet maritime de la Méditerranée, a accordé sa première interview à Var-matin, quatre semaines après sa prise de fonction le 1er août. Il aborde les défis de sa nouvelle mission, du retour du service national aux travaux de la base navale de Toulon, en passant par la vigilance face aux drones et à la présence russe.
Une prise de fonction immédiate et symbolique
Dès le premier jour, le préfet maritime affirme avoir assumé ses responsabilités. « Il faut sans doute se faire au costume, mais les responsabilités, on les assume dès le premier jour », déclare-t-il. Pour marquer symboliquement son entrée en fonction, il a déposé une gerbe au monument des sous-mariniers de la Tour Royale, un geste significatif pour cet ancien sous-marinier. Il précise que la préfecture maritime est un domaine plus nouveau pour lui, mais qu'il a déjà pratiqué le travail interministériel lors de son passage en administration centrale à Paris.
Interrogé sur l'année 2026, qui marque les 400 ans de la Marine, il souligne l'importance de cet anniversaire. « Ces 400 ans d’histoire de la Marine, avec des moments heureux, des moments plus tristes, c’est ce qui bâtit aujourd’hui cette maturité qui nous permet d’être confiants pour l’avenir », explique-t-il. La date du 5 septembre, choisie par l'amiral Pierre Vandier, ancien chef d'état-major de la Marine, commémore la victoire de la baie de Chesapeake, un retournement de situation qui a contribué à l'indépendance des États-Unis.
Le service national, un défi relevé
Le vice-amiral Hermann se veut rassurant quant à la préparation de la base navale de Toulon pour le retour du service national. « Tout est prêt », affirme-t-il. Les 108 premiers appelés rejoindront la base le 7 septembre. Après un mois de formation au pôle écoles Méditerranée à Saint-Mandrier, ils seront employés pendant neuf mois dans divers métiers, notamment les sémaphores et la protection défense. Une seconde vague d'environ 100 appelés portera le volume total à 198 personnes. « Aucune difficulté particulière n’a été relevée », précise-t-il, ajoutant que la Marine nationale recrute 4 500 personnes par an et est « rodée ».
Au-delà des aspects logistiques, il insiste sur l'objectif du service national : « L’intention du président de la République, c’est que ces appelés soient le ferment de la société de demain, afin de porter à la fois les enjeux de défense, mais aussi de cohésion nationale dans un monde qui change. »
Drones et présence russe : une vigilance constante
Concernant les survols de drones sur les enceintes militaires, le préfet maritime indique qu'aucune de ses installations n'a été visée depuis sa prise de fonction, mais il se montre lucide : « Je ne suis pas naïf, ça arrivera. » Il lance un appel à la prudence : « Ne jouez pas à ça parce que derrière vous encourez de lourdes peines ! » Il évoque également la menace russe, notant que la présence de Moscou est principalement focalisée sur le flanc Est, mais qu'une présence russe demeure en Syrie, notamment à la base navale de Tartous. « On reste évidemment vigilant », assure-t-il.
La base navale se prépare pour le futur
Le vice-amiral Hermann détaille les travaux en cours à la base navale de Toulon, un chantier majeur pour adapter les infrastructures à la flotte de demain. Les deux premiers bassins d'entretien courant des sous-marins nucléaires d'attaque (SNA) de type Suffren sont terminés. Le prochain grand chantier est la refonte du bassin d'entretien majeur, qui doit être achevée pour 2030, date du premier arrêt technique majeur du Suffren.
Le projet le plus ambitieux est la préparation de l'accueil du porte-avions de nouvelle génération France Libre en 2035. « Il faut qu’on commence les travaux dès maintenant », insiste-t-il. Le chantier d'archéologie préventive et la dépollution sont terminés. Dès 2027, des opérations de dragage commenceront pour construire un quai et un bassin dédiés. Le premier chargement de combustible nucléaire du France Libre se fera à Toulon. Parallèlement, le Charles-de-Gaulle connaîtra son troisième arrêt technique majeur à partir de l'année prochaine, d'une durée de 18 mois, pour lui permettre de durer jusqu'en 2038.
Entre environnement et opérations
Interrogé sur la défense de l'environnement, le préfet maritime prône la « conciliation des usages ». « On ne va pas interdire toute activité en mer pour préserver l’environnement et, à l’inverse, on ne peut pas tout détruire pour recueillir une recherche immédiate », explique-t-il. Il voit son rôle comme celui de l'État, garant de l'intérêt général, pour trouver des positions d'équilibre et les faire respecter.
Enfin, concernant l'indisponibilité du Charles-de-Gaulle, il reconnaît que ce sera « une difficulté » pendant les 18 mois de travaux, mais il rappelle que « la disponibilité de demain, elle se gagne aujourd’hui ». Il conclut que l'investissement dans l'entretien et la modernisation est essentiel pour la disponibilité et l'efficacité opérationnelle futures de la Marine.



