Édouard Balladur, décédé lundi à Paris à l'âge de 97 ans, restera dans l'histoire de la Ve République comme « l'ami de trente ans » de Jacques Chirac, devenu son rival lors d'une campagne présidentielle de 1995 féroce qui mit un terme à ses ambitions. Cette relation, symbole des trahisons politiques, illustre comment les amitiés finissent mal en général.
L'irruption en politique en 1986
Tour à tour décrit comme un grand bourgeois plein de morgue ou comme un « honnête homme » au style un peu désuet, Édouard Balladur fait irruption dans la vie politique française en 1986. Jacques Chirac, alors dirigeant d'une droite victorieuse aux législatives, en fait son tout-puissant ministre d'État chargé de l'Économie, des Finances et des Privatisations dans le premier gouvernement de cohabitation.
Dans ces années marquées au niveau international par le libéralisme économique imposé par Margaret Thatcher en Grande-Bretagne et Ronald Reagan aux États-Unis, il met en œuvre en France un ambitieux programme de privatisations. Il s'agit alors de défaire les nationalisations des grandes entreprises, réalisées par la gauche en 1981.
Balladur, Premier ministre qui voulait plus
En 1988, François Mitterrand est réélu pour son second mandat et la droite perd les législatives. Mais elle tient sa revanche cinq ans plus tard, avec le retour d'une chambre « bleu horizon » qui contraint le président socialiste à une nouvelle cohabitation. Chef de la droite, Jacques Chirac n'a aucune envie de retourner à Matignon et il laisse Édouard Balladur s'y installer. Les rôles semblent clairs : à Balladur celui de Premier ministre, à Chirac (alors maire de Paris et président du RPR) la préparation de la présidentielle de 1995.
Mais Édouard Balladur devient un Premier ministre populaire, dont les ambitions s'aiguisent. Et le 18 janvier, fort du soutien d'une majorité de l'opinion et du clan Pasqua (dont Nicolas Sarkozy, jeune ministre du Budget), il se déclare candidat à la présidentielle.
La campagne fratricide et la victoire de Chirac
Longtemps donné largement en tête du premier tour, il voit son avance fondre au fil des semaines. « Au fil des années, j'ai manifesté trop de distance et de froideur dans le rôle public que j'avais à jouer, si bien que la politique que j'ai inspirée ou menée moi-même a semblé au peuple français manquer de chaleur et de rayonnement », admettait-il dans une tribune au Figaro.
Auteur d'une campagne offensive et audacieuse sur le thème de « la fracture sociale », déjouant tous les pronostics, Jacques Chirac sera finalement élu au second tour face au socialiste Lionel Jospin. Cet échec sonnera le glas de ses ambitions nationales mais aussi la trace qu'il laissera dans la vie politique : une bataille fratricide entre les deux amis « de trente ans » - l'expression est de Chirac, et est restée. Preuve que l'histoire s'écrit par les vainqueurs.



