Depuis la rentrée 2011, le cahier de textes officiel de la classe a été remplacé par une version numérique, accessible via l'application Pronote. Selon le ministère de l'Éducation nationale, ce document est « officiel, à valeur juridique ». Chaque enseignant doit y consigner le contenu de ses séances et les devoirs à faire, une obligation de service au même titre que l'appel. Pourtant, en pratique, tous les professeurs ne jouent pas le jeu.
Des enseignants qui contournent l'outil
Charlotte, enseignante en banlieue de Paris, reconnaît que tous ses collègues ne mettent pas les devoirs sur Pronote. « C'est sûr que ça crée des tensions dans les établissements, constate-t-elle. Il y a souvent des parents qui se plaignent que les profs ne mettent pas assez les devoirs sur Pronote. » Certains enseignants assument même de contourner l'outil numérique au profit du papier. « Certains collègues demandaient un agenda papier en 6e, et considéraient donc qu'ils n'avaient pas besoin de mettre les devoirs sur Pronote », raconte Charlotte. Une pratique tolérée tant qu'elle ne prive pas l'élève d'un accès à l'information.
Une obligation sans sanction automatique
Pour Maureen, une autre enseignante francilienne, le flou tient surtout à l'absence de sanction automatique. « Remplir le cahier de textes et faire l'appel font partie des obligations de service, assure-t-elle. Personne n'est vraiment contre l'idée d'utiliser Pronote pour faire l'appel. Pour le cahier de textes, c'est un peu différent : le supérieur hiérarchique peut rappeler les enseignants à leur obligation. »
Le débat sur les écrans s'invite
Ce flou entre obligation statutaire et pratique de terrain trouve un écho dans le débat sur les écrans. Parfois, ce sont les parents qui râlent de devoir mettre leurs enfants (ou eux-mêmes) devant un écran pour consulter les devoirs. La commission d'experts mandatée par Emmanuel Macron, dans son rapport « Enfants et écrans, à la recherche du temps perdu » remis en avril 2024, recommandait de « fixer un cadre strict d'utilisation pour Pronote et les ENT », avec des « paramétrages par défaut protecteurs des enfants », et suggérait de couper les notifications le soir. De quoi donner un argument institutionnel à ceux qui plaident pour un usage plus mesuré de l'application.
Aucun texte ne permet à un parent, ni même à un professeur, de refuser purement et simplement Pronote : l'outil reste la référence officielle de la vie scolaire. Le temps d'écran ne sera pas une excuse pour sécher les devoirs maison.



