Le tribunal de commerce d'Orléans examine ce lundi 12 octobre 2026 trois offres de reprise pour la verrerie Duralex, placée en redressement judiciaire depuis le 1er juin. L'audience doit déterminer le sort de l'entreprise emblématique du Loiret, après l'échec de la coopérative qui l'avait reprise il y a moins de deux ans. Selon plusieurs acteurs proches du dossier, la décision pourrait intervenir rapidement, même si le tribunal peut aussi choisir de mettre son jugement en délibéré.
Deux offres jugées sérieuses, une troisième qualifiée d'anecdotique
Deux des trois offres déposées sont "bien avancées", selon Suliman El Moussaoui, représentant syndical CFDT, cité par l'AFP. La première émane du groupe stéphanois Carlesimo, qui prévoit de conserver 125 emplois. La seconde est portée par l'entrepreneur français Cédric Meston, via sa holding Tomé, connu pour avoir cofondé la start-up HappyVore (substituts végétaux à la viande) et pour avoir repris Tupperware France en 2025. Son projet prévoit le maintien de 155 emplois, sur un effectif de 243 salariés en début d'année.
Cédric Meston affirme être soutenu par le milliardaire Xavier Niel, patron de Free, qui a investi dans Tomé. Selon le journal La République du Centre, il mobiliserait environ 15 millions d'euros pour la reprise, dont 5 millions de fonds propres, avec des financements des collectivités locales (prêts pour la performance énergétique) et de l'État. Interrogé par l'AFP, le ministère de l'Industrie n'a pas confirmé ces informations.
La troisième offre, présentée par le fonds de gestion hongkongais AA Investments, ne porterait que sur la reprise de la marque et ne conserverait que trois salariés. Elle est qualifiée "d'anecdotique" par un observateur.
Une trésorerie redressée, mais une enquête en cours
La directrice générale actuelle de Duralex, Peggy Sadier, assure que la verrerie est parvenue "à redresser la trésorerie", qui a été multipliée par "huit" depuis le changement de direction le 2 avril. Cette amélioration "montre qu'il y a une voie pour Duralex", estime-t-elle. La direction de l'entreprise a également écrit sur LinkedIn : "Après des mois de travail collectif, la relance de Duralex sera fixée lors d'une prochaine audience finale", donnant rendez-vous "pour la suite de l'aventure Made in France".
Parallèlement au redressement judiciaire, la société fait l'objet d'une enquête du parquet d'Orléans, qui n'a pas précisé les chefs retenus. Des "opérations judiciaires" ont été menées le 3 septembre, notamment des perquisitions, dont certaines au siège de la verrerie à La Chapelle-Saint-Mesmin (Loiret), en banlieue d'Orléans, avait annoncé à l'AFP la procureure de la République Emmanuelle Bochenek-Puren. L'ancien directeur général de la verrerie, François Marciano, figure emblématique de la reprise en société coopérative et participative (Scop), ainsi que son fils Antoine, qu'il avait nommé directeur financier, pourraient être visés par la procédure. Leur avocat, Me Pierre Lalanne, a affirmé que ses clients "démentent toute implication dans d'éventuelles malversations".
Un espoir ravivé après des semaines d'incertitude
Duralex, dont les verres emblématiques ont accompagné des générations d'écoliers dans les cantines, a été placé le 1er juin dernier en redressement judiciaire, pour la cinquième fois en une vingtaine d'années, moins de deux ans après sa reprise par les salariés réunis en coopérative. L'avenir de la marque de vaisselle réputée incassable est resté incertain pendant des semaines, mais l'espoir d'un sauvetage s'est ravivé récemment. "On a senti qu'une issue favorable pour Duralex était possible", a affirmé à l'AFP Suliman El Moussaoui, à l'issue de la dernière audience devant le tribunal de commerce mi-septembre. La décision du tribunal, attendue ce lundi ou dans les prochains jours, déterminera si Duralex pourra poursuivre son activité et préserver l'essentiel de ses emplois.