Le char du futur MGCS menacé par le retrait allemand
MGCS : l'Allemagne quitte le projet, la France temporise

Le projet de char du futur franco-allemand MGCS (Main Ground Combat System) est-il condamné ? Selon le chef d'état-major des armées français, le général Fabien Mandon, l'Allemagne a « décidé de quitter le projet ». Cette annonce, faite lors d'une audition à l'Assemblée nationale le 8 octobre, intervient après l'abandon du Scaf, le projet d'avion de chasse du futur que les deux pays menaient ensemble. Un nouveau revers pour la coopération franco-allemande en matière de défense.

Des déclarations contradictoires entre Paris et Berlin

Le général Mandon a toutefois nuancé son propos : « Ce n'est pas un échec complet, c'est un choix, allemand, important. Nos armées de terre ont travaillé ensemble pendant plusieurs années pour réfléchir à ce que devait être un futur char de combat », a-t-il ajouté. Le même jour, l'État-Major des Armées français publiait un communiqué affirmant que le projet était en réalité « décalé » mais pas abandonné. « Ce programme est poursuivi et conserve un intérêt majeur recentré sur le développement d'une connectivité renforcée, du combat collaboratif, de l'automatisation et de la robotisation », précisait le communiqué.

Vendredi, les ministres français et allemand des Armées ont tenté d'éteindre l'incendie. Boris Pistorius, le ministre allemand, a déclaré : « Il n'est pas abandonné, personne ne l'a arrêté, bien au contraire. C'est un projet phare de la coopération franco-allemande. » Une déclaration qui contredit directement les propos du général Mandon.

Un calendrier glissant et des besoins urgents

Lancé en 2018, le MGCS devait concevoir le successeur du char Leopard 2 allemand et du Leclerc français, avec une mise en service initialement prévue vers 2040. Ce calendrier a glissé : la livraison est désormais envisagée vers 2045-2050. La dégradation de la situation internationale a accéléré les besoins des deux armées, notamment côté français. Le Leclerc, malgré sa modernisation, est menacé d'obsolescence d'ici une dizaine d'années. « L'offre industrielle remise début 2026 était incompatible avec le remplacement des chars actuels, nécessaire à l'horizon 2037 », confirme l'État-Major dans son communiqué de jeudi.

Par ailleurs, « la partie allemande a fait le choix de lancer une étude nationale pour remplacer le char Léopard 2 », ajoute l'État-Major, qui rappelle que « le calendrier de mise en service du MGCS étant décalé vers la fin de la décennie 2040, la France a également fait le choix de lancer une capacité intermédiaire apte à intégrer de façon incrémentale les fonctionnalités innovantes du MGCS ».

Le Capint, solution intérimaire française

Cette capacité intermédiaire a un nom : le Capint. En juin dernier, l'industriel KNDS a présenté « un projet national français visant à renforcer les capacités de l'Armée de terre ». Ce char « intégrera un ensemble de capacités permettant de répondre aux nouveaux besoins du champ de bataille en matière de puissance de feu, de capacité de lutte anti-drones, de protection, d'architecture numérique ouverte et de connectivité avec des unités aériennes robotisées », expliquait alors KNDS dans un communiqué. Le Capint pourrait donc succéder au Leclerc en attendant le char du futur MGCS, si celui-ci voit finalement le jour.