Mardi, plus de 56 000 manifestants, selon le ministère de l’Intérieur, se sont réunis à Paris, dont de nombreux lycéens venus exprimer leur solidarité avec les établissements publics moins favorisés. Parmi eux, Louise, Noa et Alicia, élèves de terminale au lycée Léonard de Vinci de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), participaient à leur première manifestation d’ampleur. Alors que le cortège s’élançait de la place de la République, un manifestant chevronné leur a distribué des masques et rappelé leurs droits en cas d’interpellation.
Une politisation accélérée par le mouvement des blocus
Pour ces trois jeunes filles, cette mobilisation marque une étape importante. Noa reconnaît être « beaucoup plus politisée depuis le début des blocus ». Elle explique : « Je n’ai pas grandi dans une famille très politisée, on n’en parle pas à table avec ma famille, mais ce mouvement m’a permis de beaucoup plus m’investir. »
Son amie Louise, issue d’un foyer plus engagé politiquement, affirme avoir forgé sa propre opinion « par elle-même, via les réseaux et des journaux d’actualité ». C’est notamment pour cette raison qu’elle a choisi la spécialité Histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques (HGGSP).
Les deux lycéennes seront majeures pour la prochaine présidentielle et pourront donc voter. La perspective de l’élection de 2027 trotte déjà dans leurs esprits. Louise se dit « largement orientée à gauche », tout en précisant : « À voir le parti, même si j’ai déjà une idée. » Noa estime que le choix du candidat « reste à affiner », mais assume déjà : « Je sais quels partis je vais éviter. L’extrême droite et la droite, c’est mort ! » Leur amie Alicia, qui ne sera pas en âge de voter, assure qu’elle « continuera à manifester, à suivre de loin et à supporter LFI ».
« La droite n’a pas envie d’écouter les jeunes »
De nombreux lycéens avouent tourner leurs espoirs vers la gauche, davantage présente à leurs côtés dans les manifestations. Une élève de terminale générale, scolarisée à Roissy-en-Brie (Seine-et-Marne), fait remarquer : « Les partis de gauche ont choisi de s’allier avec la jeunesse. Les autres partis auraient pu faire ce choix, mais ils n’ont pas voulu. » Elle déplore également le traitement des blocus, notamment par « les médias détenus par l’extrême droite, qui essayent de montrer uniquement le côté violent des manifestations ». Sur sa pancarte, elle cite Etienne de la Boétie : « Soyez résolus à ne plus servir ».
À ses côtés, Elina ajoute : « On met beaucoup la faute sur la gauche et l’extrême gauche pour les manifestations, alors qu’il suffirait d’écouter les jeunes et leurs revendications. La droite n’a pas envie d’écouter les jeunes, les casseurs lui donnent raison et je suis frustrée par rapport à ça. » La lycéenne est plus que déterminée à voter pour la prochaine présidentielle. « Avec mon âge, je me rends compte que c’est important de soutenir la cause et de ne pas voter à droite », conclut-elle au pied de la statue de la République.
« Se renseigner sur quelle personne élire »
Alors que la place est encore noire de monde, Younès attend des camarades près d’un arrêt de métro avant de rejoindre le cortège. Lui aussi a mesuré l’importance de s’intéresser à la politique grâce au mouvement des lycéens. « Avant ces événements-là, on ne va pas se mentir, on n’était pas très renseignés », admet-il. « Les représentants d’Etat s’en foutent un peu de ce qu’on dit, ils nous prennent juste pour des jeunes qui veulent sécher, alors que les banlieues veulent avoir les mêmes droits que les gens sur Paris. On voit bien qu’il y a une différence entre les gens du 93 et ceux du VIe arrondissement », lâche cet élève scolarisé au lycée Condorcet de Montreuil (Seine-Saint-Denis).
Younès n’a pas de professeur d’histoire-géo et une remplaçante en maths : « La situation est très bancale. » Face au traitement médiatique des blocus, qui discrédite selon lui leur lutte, il a décidé de s’informer davantage « pour être plus crédible devant les adultes ». C’est avec cette même mentalité qu’il compte se rendre aux urnes au printemps prochain. « Il n’y a pas de parti politique qui me représente à 100 %, mais c’est normal, estime-t-il. La France insoumise est le groupe qui me représente le plus et qui se bat actuellement pour mes droits donc c’est naturel pour moi de les suivre. »
Son ami Priam, en classe de première au lycée Van Dogen de Lagny-sur-Marne (Seine-et-Marne), sera en revanche trop jeune pour voter. Mais se politiser lui tient à cœur : « Quand on voit aux dernières élections qu’il y a eu 40 % d’abstention, notamment à cause de la jeunesse qui n’est pas allée voter, ça nous amène à se questionner sur qui va être au pouvoir en 2027 ». « On est poussés à se renseigner sur quelle personne élire pour nous représenter au mieux », poursuit-il. Car après la rue, le lycéen est bien déterminé à faire entendre sa voix par les urnes et jure d’aller voter dès qu’il le pourra pour les municipales ou les législatives.