Christian Assaf, nouveau vice-président de la Métropole de Montpellier chargé du développement économique, veut "changer de braquet" pour l'économie locale. Face à l'objectif de créer 30 000 emplois sur le mandat, il mise sur le foncier, l'industrie productive et une coopération renforcée entre les acteurs économiques. Il défend également une ligne offensive sur l'aéroport et le commerce de centre-ville, tout en assumant son soutien à Raphaël Glucksmann pour la présidentielle.
Une stratégie pour 30 000 emplois et une industrie productive
Interrogé sur la méthode pour atteindre l'objectif fixé par Michaël Delafosse, Christian Assaf indique vouloir favoriser l'installation et le développement des entreprises. Il précise que la Métropole dispose de 350 hectares dédiés à l'activité économique, notamment à Cambacérès, le long du Contournement ouest (COM) et à La Lauze. "C'est un atout rare entre Nice et Barcelone", souligne-t-il.
Le vice-président souhaite accueillir une industrie productive, à l'image de Cykero. Il cite l'exemple de La Brigade de Véro, le "Comme j'aime" local, rachetée par un industriel breton : "mon job, c'est d'aller le voir en Bretagne et de lui dire : 'Pourquoi pas une conserverie à Montpellier ?'".
Sur la faisabilité de l'objectif, il rappelle que 23 000 à 24 000 emplois nets ont été créés sur le précédent mandat, et que le bassin de Montpellier compte actuellement 230 000 emplois. "On change de braquet, mais c'est faisable", affirme-t-il, tout en précisant que la Métropole ne créera pas seule ces emplois. "L'objectif est de mettre tout le monde en ordre de bataille : entreprises, CCI, université, syndicats… Les 30 000 emplois doivent devenir le problème de tout le monde."
Un "welcome package" et une consultation pour les entreprises
Christian Assaf propose un "welcome package", un guichet unique permettant à une entreprise d'avoir un seul interlocuteur à la Métropole pour ses problèmes de foncier, de logement, de mobilité ou de financement. Il évoque aussi des aides directes lorsqu'une entreprise passe un cap.
Cet hiver, une grande consultation réunira entreprises, commerçants, artisans, universitaires, chambres consulaires et syndicats. Elle débouchera sur une feuille de route, puis sur la création d'un G30, qui se réunira 3 à 4 fois par an pour suivre les progrès.
Centre-ville et Odysseum : une complémentarité à construire
Face aux difficultés du commerce de centre-ville et à la présence de grandes enseignes comme Primark ou Action à Odysseum, Christian Assaf refuse l'opposition. "L'ennemi du centre-ville, c'est Amazon, pas Odysseum", assène-t-il. Il rappelle qu'Odysseum attire 13,5 millions de visiteurs par an, venant parfois de l'Ales ou de Béziers, et que le centre-ville en compte 5,4 millions avec 300 jours d'animation.
La question est de "monétiser" cette audience avec une offre plus typique, comme au Jeu-de-Paume, rue où l'on trouve des vêtements modernes, originaux et français. Il annonce la création d'un Office du commerce et de l'artisanat pour que commerçants, CCI et élus travaillent ensemble, comme dans les centres commerciaux.
Aéroport : vers un actionnariat renforcé et une fusion des plateformes
Sur l'aéroport, Christian Assaf juge que la part de 0,5 % détenue par la Métropole "pose question". Il souhaite que Montpellier devienne un actionnaire de référence, comme la Région et la CCI. L'État, qui détient 60 %, pourrait céder 10, 15 ou 20 % pour faire de Montpellier un véritable aéroport territorial.
Il plaide pour une complémentarité entre les aéroports : Nîmes pourrait se consacrer à la sécurité civile et à la maintenance des Canadair, tandis que Montpellier et Béziers pourraient à terme fusionner. "Il n'est pas normal que l'ex-Languedoc-Roussillon compte plus d'aéroports que l'Autriche ou la Suisse", déclare-t-il. Il se dit favorable à ce qu'à terme, Montpellier, Nîmes et Béziers ne fassent qu'un.
Soutien à Glucksmann et regard sur son parcours
Membre du bureau national du PS, Christian Assaf soutient Raphaël Glucksmann pour la présidentielle, une première pour lui. "Je suis socialiste et je le resterai, mais il faut savoir regarder au-delà de ses frontières partisanes", explique-t-il, citant la vision européenne, sociale et écologique de Glucksmann, ainsi que sa conception de la place de la France dans le monde. Il estime qu'il faut un président capable de tenir tête à Poutine ou Xi Jinping.
Qualifié de "baron noir" de la politique locale, il assume son rôle dans les négociations, mais juge cette image réductrice. Il rappelle ses combats comme député en faveur du mariage pour tous, dont le premier a été célébré à Montpellier par Hélène Mandroux, ou son travail contre le djihadisme. "Dans la vie, j'ai toujours essayé de m'améliorer. Mais je ne regrette rien", conclut-il, citant Georges Frêche : "Vous pouvez être intelligent en politique, vous pouvez être un fin tacticien… mais vous ne durerez jamais si vous n'aimez pas les gens."
Christian Assaf, 54 ans, est fonctionnaire territorial au Département de l'Hérault. Repéré par Georges Frêche à 23 ans, il est devenu son directeur de cabinet et a dirigé sa campagne pour les régionales de 2004. Député de 2012 à 2017, il est aujourd'hui conseiller régional, vice-président de la Métropole en charge de l'attractivité économique et conseiller municipal de Montpellier.



