Sur un mur de la Maison-Blanche, trois portraits se succèdent : Donald Trump, l’autopen, et Donald Trump. L’occupant de la Maison-Blanche a en effet remplacé la photo de Joe Biden par celle de la machine à signer, un appareil dont l’ex-président aurait soi-disant usé et abusé durant son mandat. Trump répète que son prédécesseur Biden, sénile à la fin de son mandat, ne prenait plus les décisions.
Le déclin de Biden : une longue dissimulation
Le 27 juin 2024, les Américains découvrent, stupéfaits, un Biden perdu lors du débat contre Trump. Sa santé mentale a fait l’objet d’une longue dissimulation. Selon le livre choc Original Sin, de Jake Tapper et Alex Thompson, les premiers signes de déclin remonteraient à 2015, après la mort de son fils Beau. Son équipe, ses proches et sa famille auraient alors limité son exposition au public, aux médias puis à son cabinet. Lors de la campagne de 2020, pendant le Covid, ses échanges filmés avec des électeurs sur Zoom furent jugés calamiteux. « Il ne pouvait pas du tout suivre les conversations », a raconté un démocrate. Une fois au pouvoir, Biden a donné très peu d’interviews et de conférences de presse. Ses discours étaient raccourcis, simplifiés. Pour les rares réunions de cabinet, on lui préparait un prompteur.
Retrait forcé
En octobre 2023, interrogé par le conseiller spécial Robert Hur sur les documents classifiés qu’il a conservés, il oublie la date à laquelle il a quitté la vice-présidence et quand Beau est mort. Hur estima qu’un jury verrait en lui « un vieux monsieur sympathique, de bonne volonté et à la mémoire défaillante ». Après le débat de juin 2024, son camp le force au retrait. Kamala Harris lance une campagne impossible en cent jours, qu’elle perd. L’héritage de Biden, parenthèse dans l’ère trumpienne entamée en 2016, sera à jamais entaché par son obstination à se représenter. En mai 2025, l’annonce d’un cancer de la prostate de niveau 9 viendra alimenter les doutes sur l’ancienneté réelle de sa maladie.
Autopsie
Chez les démocrates, le sujet reste sensible. À l’été 2025, on affirmait que « l’autopsie » de la défaite éluderait les deux questions clés : la décision de Biden de se représenter et les choix de la campagne Harris. Ken Martin, président du Comité national démocrate, a finalement décidé que ce bilan resterait sous scellés, au nom de la reconquête du Congrès aux midterms de novembre 2026. Dans ce pays polarisé, une partie de l’électorat démocrate reproche aux journalistes d’avoir trop insisté sur le déclin de Biden. Elle leur demande désormais d’examiner celui de Trump.
Or, ce qui n’était qu’une petite musique est devenu, à Washington, un concert assourdissant. Trump a gagné en novembre 2024 après avoir passé des mois à se moquer de « Sleepy Joe ». À peine réélu, c’est à son tour de somnoler devant les caméras, en conférence de presse ou en réunion de cabinet. Des bleus apparaissent sur le dos de ses mains, qu’il tente de maquiller. Sa porte-parole, Karoline Leavitt, les attribue à des poignées de main et à l’aspirine. Son élocution paraît plus laborieuse, sa démarche plus hésitante. Il se lève avec difficulté, son agenda est semé de mystérieux « temps exécutifs » à huis clos. En septembre 2025, lors des commémorations du 11-Septembre, l’affaissement du côté droit de son visage, traduisant un possible AVC, enflamme la toile. Ses chevilles enflées également, mais la Maison-Blanche évoque une insuffisance veineuse. Le 1er janvier 2026, interrogé par le Wall Street Journal, Trump assure être « en parfaite santé ». Les images où il dort ? « Ils me prennent en photo quand je cligne des yeux. » Le 13 avril, son médecin Sean Barbabella publie un rapport décrivant une santé « excellente », y compris sur le plan cognitif.
« Louange à Allah »
Les Américains en doutent. Fin juin 2024, 72 % des électeurs jugeaient que Biden, 81 ans à l’époque, n’avait plus la santé mentale et cognitive nécessaire à la présidence. On n’en est pas là pour Trump, âgé de 79 ans. Mais d’après Reuters-Ipsos, 61 % des Américains pensaient fin février qu’il était « devenu imprévisible avec l’âge ». En mars, lors d’un briefing sur l’Iran, il s’interrompt pour vanter les rideaux qu’il aurait choisis lors de son premier mandat ; quelques jours plus tard, en Conseil des ministres, il vante les marqueurs Sharpie. Le 15 avril, sur Fox Business, il affirme que « personne n’a jamais mis fin à une guerre » puis soutient, à tort, que le sénateur Thom Tillis n’est plus au Congrès. Le 21 avril, Reuters-Ipsos indique que 51 % des Américains (85 % des démocrates, 54 % des indépendants, 14 % des républicains) estiment que ses facultés mentales se sont détériorées en un an.
Ses posts sur l’Iran n’ont pas aidé. Le 5 avril, il écrit : « Ouvrez ce putain de détroit, salopards de malades, ou vous irez en Enfer ! VOUS VERREZ ! Louange à Allah. » Deux jours plus tard : « Une civilisation entière va mourir ce soir, pour ne jamais renaître. » Le 12 avril, alors que le pape Léon XIV a critiqué la guerre, Trump l’accuse d’être « laxiste face à la criminalité ». Le lendemain, il poste une image le représentant en Jésus guérissant les malades, avant d’assurer qu’elle le montrait en médecin.
25e amendement
Jamie Raskin, représentant démocrate du Maryland, propose une commission pouvant ouvrir la voie à la révocation du président s’il est jugé inapte à la fonction, en vertu du 25e amendement, au nom de la sécurité nationale. Cinquante démocrates ont signé son projet de loi, même si la procédure est censée exiger l’accord du vice-président J. D. Vance et de la majorité du cabinet. Raskin demande aussi à son médecin, Sean Barbarella, qu’un test neuropsychologique soit imposé au président. Dans sa lettre, il écrit que les accès de colère de Trump deviennent « incohérents, incontrôlables, vulgaires, délirants et menaçants ».
Et des voix Maga se joignent au chœur. Marjorie Taylor Greene, ex-représentante de Géorgie, a relayé un post de Trump et ajouté : « 25e AMENDEMENT ! Pas une bombe n’est tombée sur l’Amérique. Nous ne pouvons pas tuer toute une civilisation. C’est mal et de la folie. » Alex Jones, influenceur complotiste a demandé comment « lui coller le 25e amendement au cul », Candace Owens, qui présente le même profil, a tweeté : « Le 25e amendement doit être invoqué. C’est un génocidaire fou. Notre Congrès et nos forces armées doivent intervenir. Nous sommes au-delà de la folie. » Le magazine conservateur Washington Examiner a titré : « Donald Trump perd la tête ». Mais, au cas où Trump contesterait le bien-fondé de l’article 4 du 25e amendement, la révocation du président devrait être votée par le Congrès à la majorité des deux tiers. Assez peu probable.



