Un incendie incontrôlable en Gironde a déjà ravagé 42 000 hectares et détruit 240 habitations, menaçant directement Bordeaux. Malgré le déploiement massif de 2 500 sapeurs-pompiers, 18 moyens aériens, 1 500 militaires et 1 200 policiers et gendarmes, le feu reste hors de contrôle. Au total, 220 000 personnes ont été évacuées, dont 55 000 dans la seule nuit de samedi à dimanche. Le ministre de l'Intérieur Laurent Nunez a qualifié la situation de "toujours défavorable" dimanche soir.
Un feu qui s'autoalimente et défie les pompiers
"On ne sait pas comment le sinistre va se propager, le front change en permanence de position. On ne peut pas lutter. On est comme David contre Goliath", a déclaré Éric Brocardi, porte-parole de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers, à l'AFP. "La situation sur le terrain est plus défensive qu'offensive : c'est une stratégie de guerre, on n'arrête pas de se faire bombarder et il faut mettre tout le monde à l'abri."
Le feu, qui s'autoalimente grâce aux conditions météorologiques extrêmes, progresse dans toutes les directions. Les flammes se trouvent désormais à seulement quinze kilomètres de Bordeaux, où le parc des expositions accueille des milliers de réfugiés. La nuit, seuls les moyens terrestres peuvent intervenir, rendant la lutte encore plus difficile.
Bilan humain et matériel alourdi
Le bilan ne cesse de s'alourdir : 75 sapeurs-pompiers ont été blessés, dont dix ont dû être évacués. Les dégâts matériels sont considérables, avec 240 habitations détruites. Les autorités craignent que ce chiffre n'augmente encore. Le maire de Bordeaux, Thomas Cazenave, s'est voulu rassurant : "On est prêts à toute éventualité mais il n'y a pas d'évacuation de Bordeaux à l'ordre du jour." La municipalité a mis en place des mesures de relogement pour les personnes valides.
Qualité de l'air dégradée et risques sanitaires
Après quatre jours de fumées, la qualité de l'air se dégrade considérablement. "Les seuils d'alerte aux particules fines ont été dépassés dans quatre départements de la région Nouvelle-Aquitaine", a annoncé la directrice adjointe de l'ARS Aquitaine. 2,5 millions de masques FFP2 ont été acheminés et mis à disposition des habitants. En Occitanie, un épisode de pollution atmosphérique lié à cet incendie a débuté dès hier. Les autorités sanitaires recommandent d'éviter les activités physiques intenses en extérieur.
Impacts économiques et transports perturbés
Sur le plan économique, des difficultés s'annoncent. Le retour au travail semble compliqué ce lundi matin, car de nombreuses entreprises se trouvent dans les secteurs évacués. Le ministre de l'Économie a annoncé l'ouverture d'une cellule de crise pour soutenir les entreprises touchées. Les secteurs viticole et touristique, essentiels en Gironde, sont particulièrement affectés.
Les transports sont gravement perturbés. La SNCF a annoncé que le trafic ferroviaire est interrompu au sud de Bordeaux jusqu'à nouvel ordre. L'autoroute A63 entre Bordeaux et l'Espagne est fermée sur 60 kilomètres. "J'incite fortement les touristes à ne pas venir rejoindre la Gironde tant que le feu n'est pas fixé", a alerté la préfète de Nouvelle-Aquitaine lors d'un point presse, dénonçant "des comportements inadmissibles, et presque criminels" alors que des personnes ont été vues fumant ou organisant des barbecues en forêt.
Arrestations et réunion de crise
Trois hommes ont été arrêtés en lien avec l'incendie. Deux seront jugés mercredi pour avoir tiré des feux d'artifice. Un troisième a été déféré hier pour avoir volontairement mis le feu à des arbustes. La nuit de dimanche à lundi s'annonçait particulièrement éprouvante pour les secours. Ce lundi matin, Emmanuel Macron présidait une cellule interministérielle de crise sur les feux en France, réunissant les ministres concernés pour coordonner la réponse et envisager des renforts.



