Procès à Montpellier : un père jugé pour la mort de son nourrisson
Hérault : un père jugé neuf ans après la mort de son bébé

Neuf ans après la mort de son nourrisson de cinq mois, un ouvrier agricole de 42 ans comparaît depuis lundi devant la cour d'assises de Montpellier. Olivier, qui a toujours nié avoir eu le moindre geste brusque, est accusé de violences mortelles aggravées, commises par un ascendant sur un mineur de quinze ans. Il encourt vingt ans de réclusion criminelle.

Un décès aux causes cliniques incontestables

Le petit Livio est décédé le 28 novembre 2017 au CHU de Montpellier, quelques heures après son évacuation en hélicoptère depuis la maison de ses parents, dans les hauts cantons de l'Hérault. Selon son père, l'enfant était soudainement devenu « tout mou » dans ses bras, sans raison apparente.

Le diagnostic des médecins ne souffre pas de contestation : le nourrisson, qui allait avoir cinq mois, présentait tous les signes cliniques du syndrome du bébé secoué, notamment un hématome sous-dural aigu, des lésions rachidiennes et des hémorragies rétiniennes. Des traumatismes ayant endommagé son cerveau, et dus « à un épisode de secouement violent », a rappelé la présidente de la cour.

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Une famille soudée, mais des zones d'ombre

Aucun représentant de l'enfant défunt ne siège au banc des parties civiles. Seule l'association France victime est présente pour la sœur aînée de Livio, toujours mineure. Une présence contestée par la défense : « La maman et leur fille ont manifesté leur intention de ne pas se porter partie civile. Ce procès arrive dix ans après, cette famille souhaite rester soudée dans l'épreuve, la petite fille avait trois ans quand ça s'est produit, et sa mère n'entend pas que son enfant soit mêlée à ce débat. Ce débat est assez douloureux comme ça », a expliqué Me Ava Magassa, en défense.

Olivier, libéré après deux semaines de détention juste après les faits, nie catégoriquement avoir brutalisé l'enfant qui pleurait, vers 17 heures, alors que la maman était partie faire des courses. Le couple est resté uni et a eu depuis un nouvel enfant. La cour se prononcera plus tard sur la partie civile et se penche sur l'histoire de cette famille modeste, et de cet ouvrier viticole, qui a toujours vécu et travaillé entre jardins, champs et vignes.

À la barre, Olivier reconnaît ses difficultés : « Je sais lire, mais je lis pas vite. Et j'ai du mal à écrire, je fais beaucoup de fautes d'orthographe. » Il n'est pas capable de citer la date de naissance de ses trois enfants, ni d'expliquer pourquoi son fils aîné, issu d'une première union, a refusé pendant tant d'années de le voir.

Des soupçons de violences familiales

Des déclarations de l'ex-compagne d'Olivier, rapportées par une enquêtrice, évoquent des violences passées : « Il a toujours eu la main leste, même s'il disait le contraire. Il a toujours manqué de patience, le bruit l'insupportait, mon fils se faisait taper dessus. » Le père d'Olivier, un grand gaillard comme lui, s'insurge : « Jamais je n'ai vu mon fils frapper mes petits-enfants. Son ex-compagne, elle était un peu bizarre, le premier jour où je l'ai vue, elle m'a dit, je ne sais pas faire la cuisine. » La présidente a répondu : « Moi non plus, monsieur, je ne sais pas cuisiner. »

En écho à ces soupçons de violence, une mesure d'assistance éducative a été mise en place après la mort de Livio et la naissance d'une petite sœur, en 2020. À l'origine, le signalement d'un voisin, choqué de voir Olivier tirer un jour sa fille par les cheveux pour lui faire remonter l'escalier, et des confidences de la fillette à l'école, là encore sur des violences paternelles.

« Il n'y a eu aucune maltraitance constatée pendant les trois ans de la mesure », a rappelé Me Magassa, ajoutant que le père d'Olivier est allé plusieurs fois le récupérer la nuit, endormi sur la tombe du bébé. « Il était très affecté et la maman aussi », se souvient l'enquêteur de la gendarmerie, arrivé à l'hôpital après le constat du décès. « Ils nous ont demandé dix minutes pour se recueillir sur l'enfant, on les a placés en garde à vue après. On ne les a pas bousculés, on avait affaire à des parents qui venaient de perdre un enfant. »

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Olivier a nié tout geste brusque pendant ses quatre auditions. « Je pense qu'il avait du mal à le dire, s'il avait conscience de ce qu'il avait pu faire », a soupiré le gendarme. « C'était un petit bébé d'amour, il souriait tout le temps », a sangloté la tante de Livio. « Vous êtes la première personne qui présente une émotion devant cette cour, madame », a noté la présidente. « Vous comprenez qu'il y ait un procès ? » « Oui, parce qu'il y a un bébé qui est mort et qu'il n'avait rien demandé. » Le verdict est attendu vendredi 25 septembre.