Le Moyen-Orient connaît une nouvelle escalade de la violence, remettant en cause les espoirs de paix suscités par l'accord de cessez-le-feu. Pour Cyrille Bret, chercheur à l'Institut Delors et enseignant à Sciences Po Paris, cette recrudescence des hostilités s'explique par des calculs stratégiques de part et d'autre. D'un point de vue conjoncturel, ni Israël, ni les États-Unis, ni la République islamique d'Iran n'ont tiré d'avantage stratégique des négociations. La violence armée sert les intérêts de chacun : Tel-Aviv poursuit ses opérations au Liban, Washington adopte un profil de "dur", et Téhéran mobilise sa population autour de l'union sacrée. Structurellement, les États-Unis considèrent le Moyen-Orient comme un champ de confrontation durable, ce qui alimente le cycle de la violence.
Stratégies de Trump et de l'Iran
Donald Trump entend inscrire à son bilan une victoire historique sur l'Iran, ce qu'aucun président américain n'a jamais accompli. Il manie le bâton et la carotte pour parvenir à ses fins. De son côté, Téhéran active tous ses leviers de nuisance pour démontrer sa puissance régionale : nucléaire, pétrole, gaz, contrôle du détroit d'Ormuz, et animation de réseaux d'alliance. Cette escalade a déjà fait des victimes : un soldat américain a été tué samedi dans le nord de l'Irak lors de la destruction de munitions non explosées d'un drone iranien, selon l'armée américaine. Washington a mené de nouvelles frappes pour "punir" Téhéran après la mort de deux autres soldats et la disparition d'un troisième, vendredi en Jordanie. Le président libanais Joseph Aoun est à Washington pour tenter de sauver le cessez-le-feu.
Perspectives et impact économique
Le conflit va se prolonger en plusieurs phases : bombardements croisés, blocus et contre-blocus, médiations, sanctions, négociations. Toute la seconde partie de la présidence Trump sera marquée par des accalmies et des tempêtes autour de ce conflit. L'économie mondiale continuera de subir les effets du contrôle du détroit d'Ormuz par l'Iran : le prix des carburants augmentera structurellement en raison des blocages sur la production, l'acheminement, le raffinage et la hausse de la consommation. Des chocs et contre-chocs sont à prévoir en fonction des bombardements et des négociations. Pour les Européens, l'heure est à la diversification énergétique : après la baisse des importations russes, le blocus d'Ormuz et le développement des capacités américaines, ils doivent accélérer leur programme de diversification des fournisseurs, des modes d'énergie et d'innovation énergétique.
Impact électoral pour Trump
À trois mois des élections de mi-mandat, cette reprise des hostilités peut avoir un double impact électoral. D'un côté, une crise de popularité pour Trump et l'administration MAGA, en raison de l'inflation, des pertes militaires, de l'absence de perspectives de sortie du conflit et de l'isolationnisme dans l'électorat. De l'autre, Trump fera tout pour se présenter comme le vainqueur de l'Iran, le sauveur du commerce international et le promoteur d'un contre-choc pétrolier. Selon Cyrille Bret, "la conséquence la plus évidente est une crise de popularité de la présidence Trump et de l'administration Maga en raison de l'inflation, des pertes de militaires américains, d'absence de perspectives de sortie du conflit et de la virulence de l'isolationnisme dans l'électorat Trump."



