Les résultats de PISA 2025 ont déclenché le rituel désormais bien installé : inquiétude, comparaisons internationales, appels à la rupture, puis l'actualité passe à autre chose. Le diagnostic, lui, demeure. La question n'est plus seulement de savoir pourquoi l'école recule, mais pourquoi, malgré les réformes accumulées et une volonté politique réaffirmée, nous ne parvenons pas à infléchir sa trajectoire. La réponse tient peut-être moins au manque de solutions qu'à notre manière de gouverner l'éducation.
Un système qui déplace les problèmes plutôt qu'il ne les résout
Six mécanismes, étroitement liés, expliquent ce blocage. Le premier tient à la logique de l'urgence : chaque nouveau classement PISA pousse à des annonces immédiates, souvent sans cohérence avec les réformes précédentes. Cette succession de mesures crée une instabilité chronique qui empêche les équipes pédagogiques de s'approprier durablement les changements.
Le deuxième mécanisme réside dans la centralisation excessive. Les décisions sont prises loin du terrain, sans que les enseignants et les chefs d'établissement soient réellement consultés. Cette distance entre les concepteurs et les praticiens produit des réformes déconnectées des réalités quotidiennes, dont l'application se heurte à des résistances compréhensibles.
Une évaluation qui fige plutôt qu'elle n'éclaire
Le troisième mécanisme concerne l'évaluation. Les indicateurs utilisés pour piloter le système sont souvent quantitatifs et simplificateurs. Ils mesurent des performances immédiates, mais ignorent les processus d'apprentissage et les inégalités structurelles. Cette approche conduit à des arbitrages court-termistes qui ne s'attaquent pas aux causes profondes du déclin.
Le quatrième mécanisme est lié à la formation des enseignants. Les réformes successives ont modifié les programmes et les méthodes, mais la formation initiale et continue n'a pas suivi le même rythme. Les enseignants se retrouvent confrontés à des injonctions contradictoires, sans disposer des outils nécessaires pour les mettre en œuvre efficacement.
Une gouvernance fragmentée et des priorités instables
Le cinquième mécanisme tient à la fragmentation des acteurs. L'éducation nationale, les collectivités territoriales, les associations et les parents interviennent chacun avec leurs logiques propres, sans coordination suffisante. Cette fragmentation dilue les responsabilités et rend difficile la mise en œuvre cohérente des politiques éducatives.
Le sixième mécanisme est l'alternance politique. Chaque changement de majorité remet en cause les orientations précédentes, souvent sans bilan préalable. Cette instabilité chronique empêche toute évaluation sérieuse des dispositifs existants et entretient un sentiment de recommencement permanent chez les professionnels de l'éducation.
Une trajectoire qui ne s'infléchit pas
Ces six mécanismes, étroitement liés, se renforcent mutuellement. L'urgence nourrit la centralisation, qui elle-même fragilise l'évaluation, et ainsi de suite. Tant que cette logique de gouvernance ne sera pas repensée, les réformes continueront de se succéder sans effet durable sur la trajectoire de l'école.
Le diagnostic de PISA 2025 n'apporte donc pas seulement un constat sur les performances des élèves. Il révèle surtout l'incapacité du système à se réformer en profondeur. La question centrale n'est plus de savoir quelles solutions adopter, mais comment créer les conditions d'une gouvernance éducative stable et efficace. C'est à ce prix que l'école pourra véritablement infléchir sa trajectoire.



