Naza : le doc choc sur l'armée israélienne qui secoue Venise
Naza : le doc choc qui secoue Venise

Le documentaire Naza, réalisé par les journalistes israéliens Yuval Abraham et Rachel Szor, a remporté le prix du jury à la Mostra de Venise samedi dernier. Ce film, qui dénonce les violences de l'Armée israélienne à Gaza à travers des interviews de militaires y ayant participé, laisse le spectateur glacé. Le public pourra se faire sa propre opinion dès le 30 septembre prochain, mais les internautes se déchirent déjà autour d'une œuvre que bien des commentateurs dénigrent ou encensent sans l'avoir vue. Nous avons assisté à l'une des premières projections parisiennes et pouvons donc parler de Naza (qui signifie « dommage collatéral ») en connaissance de cause.

Un contexte explosif

Naza a été coréalisé par Yuval Abraham et Rachel Szor, oscarisés en 2025 pour No Other Land. Ils avaient déjà été accusés d'antisémitisme pour ce film primé à Berlin en 2024 et avaient reçu des menaces de mort. Leur coréalisateur palestinien, Basel Adra, avait subi de violentes représailles par Israël après la diffusion de ce film multirécompensé. Naza est coproduit par le quotidien anglais The Guardian. Jonathan Glazer, réalisateur également oscarisé de La Zone d'intérêt, en est le producteur exécutif.

Dès ce dimanche, le ministre de la Culture israélien, Miki Zohar, a réclamé que Yuval Abraham et Rachel Szor soient déchus de leur nationalité. Cette œuvre cristallise les tensions au plus haut niveau.

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Un dispositif cinématographique implacable

Les réalisateurs de Naza ne cherchent pas à tirer des émotions faciles du spectateur. Leur film est factuel, glacial. Le dispositif est simple mais implacable : ils ont réuni des images d'actualités (du massacre du 7 octobre, des discours, notamment une déclaration de Benyamin Netanyahou où il donne sa définition du terrorisme), des prises de vues de Tel Aviv et des interviews de membres de l'Armée israélienne. Les visages des vingt-quatre intervenants demeurent floutés et leurs voix ont été changées pour les protéger. Les entretiens ont lieu en toute discrétion, dans la pénombre, sur une terrasse surplombant la ville.

Des prises de vues sur des immeubles de Tel Aviv où la vie continue entre deux alertes. Ces images superbes de paisibles existences anonymes, inconscientes d'être filmées, montrent comment des êtres humains innocents peuvent être visés puis tués sans même se douter qu'ils sont menacés. À la fin du film, des images de Gaza en ruines n'en sont plus dures à regarder. On se projette alors dans les deux camps.

Des témoignages glaçants

Les témoignages des intervenants sont épouvantables de naturel et de simplicité. On découvre que l'armée israélienne considère que 15 % de marge d'erreur sur les personnes tuées est acceptable, et qu'il est légion de tuer les supposés terroristes la nuit au milieu de leurs familles, femmes et enfants compris. Ce qui est dit est sidérant. L'un des militaires compare les frappes à un jeu vidéo, un autre avoue s'être amusé à tirer sur des Palestiniens tentant d'atteindre des points de ravitaillement. Ces hommes ne sont pas des monstres. Entre la déshumanisation qu'impliquent des attaques par drones et une haine savamment entretenue, ils accomplissent leur devoir sans trop d'état d'âme. Ils finissent même par admettre avoir abattu des innocents en sachant qu'ils n'étaient ni armés, ni menaçants. Ils croyaient en un système de destruction impitoyable où la téléphonie renseigne l'armée sur les moindres détails de la vie privée des Palestiniens.

Descendant encore un cran dans l'horreur, on découvre ensuite le récit de soldats qui opéraient sur le terrain, puis ceux d'autres militaires qui ont détruit des quartiers entiers avec pour instruction de tout raser. On leur avait laissé entendre qu'il fallait agir au plus vite avant que la communauté internationale ait le temps de s'indigner.

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Une réalisation sobre

Il est impossible de détailler les horreurs que révèle Naza, qui secoue le public sans jamais s'appuyer sur des reconstitutions dramatiques, ni sur une partition musicale destinée à tirer des larmes. La force du film vient de sa sobriété absolue. Les réactions qu'il génère avant sa sortie montrent à quel point il est dérangeant. Ce film choc est important par sa forme comme par son fond. Il mérite que l'on balaie ses préjugés pour aller le découvrir en salle.