Une protection insuffisante contre les fumées toxiques
Alors que l'incendie monstre en Gironde a déjà fait 75 blessés parmi les sapeurs-pompiers, dont dix évacués, la CFDT pompiers dénonce une protection respiratoire inadéquate. « Il faut nous donner des moyens pour nous protéger : on a les camions, sauf que pour respirer, on a des cagoules qui sont même pas au niveau d’un FFP1 », a déclaré à l’AFP Sébastien Bouvier, secrétaire fédéral CFDT. Selon lui, au moins quatre pompiers ont dû être placés en caisson hyperbare pour intoxication au monoxyde de carbone.
Des équipements inadaptés aux feux de forêt
Lors des interventions dans des bâtiments, les pompiers utilisent des appareils respiratoires isolants avec masques étanches et bouteilles d’air. Mais en milieu forestier, ce dispositif est jugé trop encombrant et source de surchauffe. « C’est impossible à mettre lors des feux de forêt, trop gênant et pas adapté parce que les hommes ne tiendraient pas, vu la chaleur », explique Norbert Berginiat, vice-président de la fédération nationale des sapeurs-pompiers de France. Nombre de soldats du feu ne portent donc qu’une fine cagoule, qu’ils retirent souvent dès qu’ils ne sont plus directement exposés aux flammes, bien qu’ils restent à proximité des fumées.
Des cagoules actuelles inefficaces face aux particules fines
Les cagoules actuelles filtrent « au moins les grosses particules », mais les « petites particules sont moins bien filtrées », admet Norbert Berginiat. Or, les fumées des feux de forêt contiennent des gaz cancérogènes, comme le monoxyde de carbone et des hydrocarbures aromatiques. L’activité de sapeur-pompier est d’ailleurs classée comme cancérogène de groupe 1 par le CIRC de l’OMS. Un décret de décembre 2025 a étendu en France la reconnaissance de ces pathologies professionnelles.
Un nouveau modèle de cagoule filtrante existe
Un référentiel pour un nouveau modèle de cagoule filtrante a été mis au point par la sécurité civile, selon Sébastien Bouvier. « Quand vous avez une cagoule qui ne filtre rien ou quand vous mettez sur le nez une cagoule qui va filtrer 85 % de toutes les particules cancérogènes, forcément, les méthodes de travail ne vont pas être les mêmes », insiste-t-il. Cependant, le changement de tactique opérationnelle nécessaire à l’adoption de ces nouvelles cagoules n’est pas encore mis en œuvre. « Ils ne veulent pas le faire pour l’instant », déplore-t-il.
Un frein financier et des réticences terrain
Le coût est également un obstacle. Une cagoule actuelle coûte environ 15 euros, contre 60 euros pour le modèle filtrant. « 15 euros pour une cagoule qui ne vous protège de rien, vs 60 euros pour une cagoule qui vous protège des gaz cancérogènes », compare Bouvier. Certains services départementaux d’incendie et de secours (SDIS) hésitent à investir, craignant que les pompiers, après les avoir testées, ne les portent pas en raison d’un inconfort. D’autres envisagent des solutions alternatives. « On doit changer la tactique opérationnelle », insiste le syndicaliste, soulignant l’urgence face à la multiplication des feux de forêt.



