Jerome Powell défie Trump et reste à la Fed
La décision de Jerome Powell était attendue par le monde de la finance et par Donald Trump. Le président de la Réserve fédérale américaine (Fed) a annoncé mercredi qu'il resterait au sein de l'institution en tant que gouverneur après la fin de son mandat de président, prévue le 15 mai. Il peut conserver ce poste jusqu'à fin janvier 2028. « Je partirai quand je le jugerai approprié », a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse, invoquant notamment un contexte de pressions politico-judiciaires.
Cette décision rompt avec la pratique habituelle qui consiste à laisser le champ libre à son successeur. Elle a été vivement critiquée par l'exécutif. Le ministre des Finances, Scott Bessent, a dénoncé « une violation de toutes les règles de la Fed », y voyant aussi « une insulte » envers Kevin Warsh, désigné pour prendre la tête de l'institution, ainsi que d'autres responsables nommés par Donald Trump.
Nombreuses attaques de Trump contre Powell
Le président américain a lui-même attaqué Jerome Powell, affirmant sur Truth Social qu'il « ne reste que parce qu'il ne trouve pas de travail ailleurs : personne ne veut de lui ». Pour la Maison-Blanche, ce maintien constitue un revers, alors que Donald Trump a multiplié les critiques contre la Fed, notamment en raison de son refus de baisser les taux d'intérêt.
Jerome Powell a indiqué vouloir « faire profil bas », expliquant rester en fonction parce qu'il s'estime toujours exposé à des poursuites. Il a souligné le climat d'incertitude entourant la banque centrale, estimant que « c'est une inquiétude répandue que ce genre de choses puisse continuer », dans un contexte marqué par une enquête judiciaire récemment close mais pas totalement écartée.
Préserver l'indépendance de la Fed
Dans le même temps, il a insisté sur la nécessité de préserver l'indépendance de la Fed. « Nous travaillons simplement directement pour le peuple américain », a-t-il déclaré. « Nous ne nous disons pas : Oh, je veux faire ça parce que le président dit que c'est une bonne idée, ou parce qu'il y a des élections qui approchent et que je veux accélérer ou ralentir l'économie », a-t-il poursuivi. Il a aussi salué son successeur, affirmant croire Kevin Warsh « sur parole » lorsqu'il assure qu'il ne se laissera pas influencer. Sa nomination a d'ailleurs reçu le feu vert d'une commission du Sénat mercredi, avec un vote en séance plénière attendu pour finaliser sa prise de fonctions.
Sur le plan monétaire, la Fed a maintenu ses taux entre 3,50 % et 3,75 %, un niveau inchangé depuis décembre, mais les discussions internes ont révélé de fortes divisions. Quatre dissensions ont été enregistrées, une situation inédite depuis plus de trente ans : Stephen Miran s'est prononcé pour une baisse, tandis que Beth Hammack, Neel Kashkari et Lorie Logan ont contesté le communiqué final, refusant de suggérer une future baisse et évoquant au contraire un possible relèvement face à l'inflation.



