Un ingénieur français d'une trentaine d'années a été arrêté et est détenu au Sénégal depuis le 14 février pour son homosexualité. Il est inculpé pour « actes contre-nature », mais aussi association de malfaiteurs et tentative de transmission du VIH. L'ambassade de France sur place assure suivre son dossier attentivement.
Un climat de plus en plus répressif
Ce cas loin d'être isolé illustre le climat de plus en plus répressif du gouvernement sénégalais envers la communauté LGBT. En mars dernier, le pays a alourdi les peines encourues pour relations homosexuelles, désormais passibles de cinq à dix ans de prison. Depuis, de nombreuses arrestations, lynchages et violences ont été rapportés à travers le Sénégal.
Plus d'homophobie et plus de cas de VIH
Les personnes LGBT sont poussées à la clandestinité et coupées des institutions de santé. La stigmatisation autour du VIH est plus importante dans les pays avec des législations sévères envers les populations homosexuelles. Avec de lourdes conséquences. Alors que la loi se durcit sur les questions LGBT depuis 2008, les cas de VIH augmentent de 36 % entre 2010 et 2024 selon l'ONUSIDA. Cette hausse s'accompagne d'une désertion des centres de soins, résultant en une crise sanitaire croissante.
Une montée du radicalisme anti-LGBT en Afrique
Cette montée d'un radicalisme anti-LGBT n'est pas cantonnée au Sénégal. L'homosexualité est illégale dans 31 des 54 pays africains et est passible de peine de mort en Ouganda, en Somalie et en Mauritanie. Et les choses ne vont pas en s'améliorant. En Afrique de l'Ouest, depuis 2024, Ghana, Burkina Faso, Mali et Sénégal ont, quant à eux, durci leurs lois et adopté une démarche ouvertement homophobe. Cependant Christophe Broqua, anthropologue au CNRS et membre de l'Institut des mondes africains (IMAF), tempère en assurant qu'« il n'y a pas lieu de considérer qu'il s'agit de coordination à grande échelle [entre les pays] ».
Il distingue par exemple le Mali et le Burkina Faso, dont l'histoire politique récente et leur appartenance commune à l'Alliance des États du Sahel créent une réelle proximité, du Sénégal et du Ghana, dont les trajectoires sont plus anciennes et plus autonomes.
Une opposition à l'Occident, vraiment ?
Pour justifier ce climat de plus en plus oppressif, le Sénégal revendique une opposition à l'Occident, sur fond de souverainisme et de défense de valeurs africaines. Les prises de position publiques occidentales sur la situation des homosexuels sénégalais sont utilisées « en grande partie pour alimenter l'hostilité affichée et la répression exercée », estime Christophe Broqua. Chaque déclaration occidentale peut servir d'argument souverainiste. L'ex-Premier ministre sénégalais, Ousmane Sonko, a justement réitéré cette prise de position le vendredi 22 mai en parlant d'« une tyrannie » de l'Occident, qui veut « imposer l'homosexualité au reste du monde ».
Cette revendication se heurte cependant à la réalité historique. Le Sénégal précolonial accueillait une certaine diversité sociale et sexuelle, avec les goor-jigeen, mot wolof « désignant un travesti, qui était peut-être homosexuel. Ils aidaient les femmes dans la préparation des cérémonies, des fêtes traditionnelles », expliquait en 2018 l'écrivain sénégalais Mohamed Mbougar Sarr au Monde. « On y trouvait en particulier différentes formes d'inversion de genre supposant des pratiques homosexuelles », reprend l'anthropologue.
Un gouvernement sous pression
Lors de la colonisation, puis sous le régime de Vichy, les relations homosexuelles sont interdites. Les législations signées à l'époque se retrouvent quasiment à l'identique dans la loi sénégalaise en vigueur.
Derrière les discours anticoloniaux et souverainistes, d'autres motivations semblent entrer en jeu. Durant sa campagne de 2024, l'actuel président Diomaye Faye promettait déjà un durcissement de la loi sur les questions homosexuelles. Ce n'est que deux ans plus tard que les mesures se matérialisent… pile lorsque le gouvernement se retrouve en difficulté.
Au moment de la promulgation de la loi, le chômage augmentait et la popularité du Premier ministre était en chute. « La loi a été adoptée à un moment où les critiques augmentent et des controverses sont saisies par les médias », confirme Christophe Broqua. Pure coïncidence ou timing calculé ? « Souvent, l'homophobie d'État est liée à des contextes politiques spécifiques et à un besoin de détourner l'attention des populations », précise le sociologue.



