Soudan : les défections des paramilitaires profitent à l'armée
Soudan : défections paramilitaires au profit de l'armée

Les défections dans les rangs des Forces de soutien rapide (FSR), la puissante milice dirigée par le général Mohamed Hamdan Daglo, dit « Hemetti », se multiplient depuis plusieurs semaines. Selon des sources concordantes, plusieurs commandants et centaines de combattants ont rejoint les forces armées soudanaises, un revers significatif pour les paramilitaires engagés dans une guerre meurtrière contre l'armée régulière depuis avril 2023.

Un phénomène qui s'accélère

Les désertions ont commencé de manière sporadique, mais elles se sont intensifiées après la reprise de la ville d'El-Facher, au Darfour, par l'armée en juin dernier. Ce revers stratégique a servi de catalyseur, poussant de nombreux cadres des FSR à faire défection. « Nous assistons à un mouvement de bascule sans précédent. Des officiers supérieurs, des chefs de bataillon et des combattants de base choisissent de rejoindre l'armée, souvent avec leurs armes et leurs véhicules », explique un analyste basé à Khartoum, sous couvert d'anonymat.

Les motivations évoquées sont multiples : lassitude d'un conflit qui s'enlise, perte de confiance dans la direction de Hemetti, mais aussi attrait pour la solde régulière et la reconnaissance officielle offertes par l'armée. Selon des témoignages recueillis par l'Agence France-Presse, certains défecteurs affirment avoir été « trompés » par les promesses de richesses et de pouvoir, et désormais « préfèrent servir leur pays ».

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Un impact militaire et symbolique

Sur le plan militaire, ces défections renforcent les effectifs de l'armée, qui peine à recruter face à l'usure du conflit. Elles permettent également de récupérer du matériel, notamment des pick-up équipés de mitrailleuses, précieux dans ce type de guerre. « Chaque défecteur est une perte pour les FSR et un gain pour l'armée. Cela désorganise les chaînes de commandement et sape le moral des troupes paramilitaires », souligne un chercheur spécialiste du Soudan.

Symboliquement, ces ralliements sont un coup dur pour Hemetti, qui a longtemps présenté ses forces comme un bloc uni. Ils érodent son aura de chef incontesté et nourrissent les divisions internes. Certains observateurs évoquent même la possibilité d'une fragmentation des FSR en plusieurs factions, ce qui pourrait prolonger encore le chaos.

Un conflit dévastateur

La guerre entre l'armée du général Abdel Fattah al-Burhan et les FSR a fait des dizaines de milliers de morts et déplacé plus de 10 millions de personnes, selon l'ONU. Le pays est au bord de la famine, et les infrastructures sont en ruines. Les négociations de paix, parrainées par l'Arabie saoudite et les États-Unis, n'ont jusqu'ici abouti à aucune trêve durable.

Dans ce contexte, les défections pourraient modifier l'équilibre des forces, mais elles ne suffisent pas à mettre fin au conflit. L'armée, bien que renforcée, reste confrontée à une guérilla urbaine dans les grandes villes comme Khartoum et à une insurrection dans les régions reculées. Les FSR, de leur côté, conservent des capacités de nuisance et des soutiens extérieurs, notamment de certains pays du Golfe.

Des défecteurs à risques

Les défecteurs ne sont pas à l'abri de représailles. Les FSR ont exécuté des soldats accusés de trahison par le passé. Beaucoup de ralliés demandent donc à être intégrés dans des unités éloignées des zones de combat pour éviter d'être reconnus et tués. L'armée, consciente de ces risques, a mis en place des procédures d'accueil et de protection, mais les moyens restent limités.

Malgré ces difficultés, le mouvement semble irréversible. « La dynamique est lancée. Les défections vont continuer, car la guerre ne profite qu'à une poignée de chefs. Les simples soldats aspirent à la paix et à une vie digne », conclut l'analyste. Une lueur d'espoir dans un pays meurtri, mais qui pourrait aussi annoncer une recomposition brutale du paysage politique et militaire soudanais.

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