Barbara Butch, Joann Sfar: le boycott des artistes juifs s'intensifie
Boycott des artistes juifs : la menace s'intensifie

La DJ Barbara Butch a été contrainte d'interrompre son set au festival Cabaret frappé, le samedi 18 juillet à Grenoble. Vers 22h20, au Jardin de Ville, une centaine de militants, certains masqués, ont lancé graviers, terre, gobelets en plastique et bouteilles en verre en direction de la scène. Huées, sifflets, insultes et doigts d'honneur ont accueilli l'artiste, qui n'aura joué que vingt minutes après avoir interprété « Imagine » de John Lennon.

Cet incident ne relève pas d'un simple débordement. Il s'inscrit dans une campagne de boycott visant les artistes juifs en France, qui s'est intensifiée depuis les attaques du 7-Octobre. Selon l'enquête de Nathalie Funès publiée par Le Monde, Barbara Butch, figure de la scène queer et féministe, est régulièrement qualifiée de « génocidaire » et de « sale sioniste » sur les réseaux sociaux et dans certains discours militants.

Un appel au boycott de longue date

La section locale de La France insoumise (LFI) réclamait depuis des mois la déprogrammation de l'artiste. Des militants ont distribué des tracts appelant à « déprogrammer les soutiens d'Israël » qui « censurent les voix palestiniennes ». La pression s'est concrétisée le soir du festival, avec des panneaux « Barbara Butch de là ! » brandis dans une foule hérissée de drapeaux palestiniens.

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L'artiste a dû être exfiltrée sous protection après l'interruption de son concert. Aucune interpellation n'a été signalée dans l'immédiat. L'enquête souligne que cet épisode s'ajoute à des mois de menaces numériques et physiques.

Joann Sfar et d'autres artistes dans le viseur

Barbara Butch n'est pas la seule cible. Le dessinateur Joann Sfar est également confronté à des insultes répétées, tout comme des artistes moins connus. L'enquête de Nathalie Funès montre que la mise au ban des juifs se banalise au sein du monde culturel, frappant toutes les disciplines : musique, bande dessinée, théâtre, arts visuels.

Les témoignages recueillis font état d'une peur grandissante. Certains artistes annulent leurs apparitions publiques ou évitent de se rendre dans des festivals, par crainte d'être pris pour cible. D'autres choisissent de se taire, de peur que la moindre parole soit instrumentalisée.

Une banalisation inquiétante depuis le 7-Octobre

Le conflit déclenché par l'attaque du Hamas contre Israël le 7-Octobre a ravivé les tensions identitaires. L'enquête établit que l'antisémitisme s'exprime désormais au cœur des festivals, des universités et des salles de spectacles. Les artistes juifs sont sommés de prendre position sur le Moyen-Orient, leur silence étant interprété comme une trahison et leur soutien à Israël comme une provocation.

Cette logique binaire favorise la violence symbolique. Les épithètes « génocidaire » et « sale sioniste » sont devenues monnaie courante dans les commentaires en ligne. La frontière entre critique politique et haine identitaire s'efface de plus en plus.

La culture sous tension

Les institutions culturelles semblent dépassées par cette radicalisation. Certains festivals préfèrent déprogrammer des artistes pour éviter les débordements, cédant à la pression. D'autres, au contraire, affichent leur soutien aux artistes menacés.

Le cas de Barbara Butch illustre l'ampleur du phénomène : une artiste engagée pour les droits des femmes et des personnes LGBTQ+ se retrouve traitée comme une ennemie publique. L'enquête de Nathalie Funès pointe l'urgence d'une réponse collective pour protéger la liberté de création et la sécurité des artistes, alors que la haine antisémite se répand dans le monde culturel.

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