Dans son essai La guerre d'après paru en juin 2025, Carlo Masala, analyste militaire au centre de réflexion de la Bundeswehr, explorait un scénario inquiétant : une offensive russe sur Narva, en Estonie, en 2028. L'objectif de Moscou était de tester la solidité de l'Otan, semer la panique en Europe et diviser l'Alliance. Dans cette fiction stratégique, la Russie remportait une victoire majeure. Aujourd'hui, la situation réelle a évolué.
Un affaiblissement relatif de la Russie
Depuis la publication de son livre, la Russie de Vladimir Poutine a vu sa position se fragiliser. L'économie russe connaît un net ralentissement, avec une croissance tombée à 1,5 % en 2025 selon le FMI, contre 3,6 % en 2024. Les pertes militaires en Ukraine, estimées à plus de 600 000 soldats tués ou blessés, ont entamé les capacités opérationnelles. Les tensions intérieures, notamment des grèves dans l'industrie de défense et des protestations sporadiques, témoignent d'un mécontentement croissant. "Le régime est plus affaibli qu'il y a deux ans", confie Masala lors d'un entretien récent.
Un danger persistant pour l'Europe
Mais cet affaiblissement ne réduit pas nécessairement la menace. Au contraire, estime Masala : "Un régime acculé peut devenir plus imprévisible et agressif." Il rappelle que la Russie conserve un arsenal nucléaire conséquent et des moyens hybrides. Le scénario de 2028 reste plausible, même si les stratèges militaires jugent une attaque d'ici 2029 comme la fenêtre la plus probable. Pour Masala, l'éventualité d'une confrontation avant cette échéance ne peut être exclue, d'autant que Moscou pourrait chercher à détourner l'attention de ses difficultés internes par une aventure extérieure.
Les implications pour l'Otan
Ce constat alarme les experts de l'Alliance. Les pays baltes, en première ligne, réclament un renforcement des effectifs. Actuellement, l'Otan déploie environ 10 000 soldats en rotation dans la région, un chiffre jugé insuffisant par Masala. Il préconise une présence permanente et une accélération des livraisons d'armes à l'Ukraine pour dissuader toute tentative russe. "Si nous ne montrons pas une unité sans faille, le pari de Poutine pourrait être de miser sur une division politique en Europe", avertit-il.
Ainsi, même si la Russie de 2027 est moins puissante que celle décrite dans La guerre d'après, le danger demeure. Pour Carlo Masala, l'Europe doit se préparer au pire, car un régime affaibli mais doté d'armes nucléaires reste une menace existentielle.



