Sénégal : les lesbiennes ciblées par une vague d'arrestations
Sénégal : les lesbiennes ciblées par des arrestations

Les autorités sénégalaises ont procédé à une série d'arrestations visant des femmes lesbiennes, quelques mois après une campagne similaire contre des hommes homosexuels. Des interpellations ont eu lieu dans la capitale, Dakar, ainsi que dans les régions de Thiès et de Kaolack, selon plusieurs associations de défense des droits LGBTI.

Les personnes arrêtées sont notamment des militantes connues, des étudiantes et des travailleuses, âgées de la vingtaine à la quarantaine. Les arrestations se font souvent à domicile ou sur le lieu de travail, sans mandat explicite, et plusieurs femmes auraient été blessées lors de leur interpellation.

Un cadre juridique discriminatoire

Au Sénégal, l'homosexualité est passible de cinq ans de prison en vertu de l'article 319 du code pénal. Cette disposition distingue les actes homosexuels des autres infractions sexuelles et est dénoncée depuis longtemps par les organisations de droits de l'Homme. Elle sert de base à la police pour interpeller des personnes sur la base de leur orientation sexuelle présumée.

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Les avocats des détenues affirment que la procédure judiciaire est entachée de vices : absence de preuves médicales, témoignages anonymes, et refus d'accorder un avocat lors des interrogatoires. Dans certains cas, les femmes auraient été soumises à des examens forcés contraires à la loi.

La mobilisation des ONG

La société civile sénégalaise a rapidement réagi. L'association AIDES Sénégal, spécialisée dans la santé et les droits des personnes LGBTI, a lancé une pétition demandant la libération immédiate des personnes arrêtées. D'autres groupes, comme SOS Homophobie, ont appelé à des manifestations devant le ministère de la Justice à Dakar.

Dans une déclaration commune, ces organisations dénoncent des arrestations fondées sur l'orientation sexuelle et exigent une enquête indépendante. Elles rappellent que le Sénégal a ratifié certains traités internationaux sur les droits civils, qui interdisent la discrimination.

Une répression qui s'étend

Cette nouvelle vague d'arrestations s'ajoute à une série d'opérations menées depuis le début de l'année à l'encontre des personnes homosexuelles. Au cours des deux premiers trimestres, plusieurs dizaines d'hommes ont été arrêtés dans différentes localités, et certains ont été condamnés à des peines de prison ferme.

Les associations observent que l'application de la loi est devenue plus systématique, au point que les lieux de rencontre connus de la communauté sont placés sous surveillance. Les récentes arrestations de femmes montrent que la répression ne se limite plus aux hommes, pourtant principalement visés jusqu'ici.

L'appel à la dépénalisation

Les défenseurs des droits humains estiment que la seule solution durable est l'abrogation de l'article 319. Ils rappellent que dans plusieurs pays africains, la dépénalisation a permis de réduire les violences et d'améliorer l'accès aux soins pour les personnes LGBTI. Au Sénégal, le débat reste tabou, et les autorités politiques évitent en général de s'exprimer sur le sujet.

Les instances internationales, dont le Conseil des droits de l'Homme de l'ONU, ont déjà émis des recommandations en ce sens. Une procédure d'examen périodique universel est d'ailleurs prévue dans les prochains mois, permettant aux ONG de présenter un rapport sur la situation des personnes LGBTI au Sénégal.

L'incertitude judiciaire

Les femmes arrêtées ont été présentées à des juges d'instruction qui doivent décider de leur maintien en détention ou de leur mise en liberté sous caution. Selon leurs avocats, plusieurs dossiers sont fragiles, et des demandes de non-lieu ont été déposées. Les audiences devraient se tenir dans les prochaines semaines.

En attendant, la communauté redoute une aggravation des discriminations et des violences. Les associations appellent les témoins à signaler tout abus, afin de documenter ces pratiques. Le gouvernement sénégalais n'a pas encore commenté officiellement cette vague d'arrestations.

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