Australie : 85% des enfants sur les réseaux sociaux malgré l'interdiction
Australie : 85% des enfants sur les réseaux sociaux malgré l'interdiction

Six mois après l'entrée en vigueur de l'interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 16 ans en Australie, une étude publiée dans le British Medical Journal révèle que 85 % des enfants concernés continuent d'utiliser des plateformes comme TikTok, X, Facebook et Instagram. Dirigée par Courtney Barnes, chercheuse en santé publique à l'Université de Newcastle, cette recherche a suivi 408 adolescents âgés de 12 à 16 ans, interrogés juste avant la loi (décembre 2025) puis trois mois après. L'objectif était d'isoler l'effet de la loi en comparant les jeunes juste en dessous et juste au-dessus du seuil d'âge.

Un contournement massif mais des limites méthodologiques

Les résultats montrent que plus de 85 % des moins de 16 ans utilisaient toujours les réseaux sociaux via leurs propres comptes. Les deux tiers avaient été confrontés à une vérification d'âge, mais celle-ci se limitait souvent à une simple déclaration. Une minorité utilisait de faux comptes ou la navigation privée, tandis que le recours aux VPN était rare. Les chercheurs n'ont constaté aucun écart significatif dans l'utilisation entre les moins de 16 ans et les jeunes d'un peu plus de 16 ans. Cependant, l'étude manquait de puissance statistique, avec des échantillons réduits de part et d'autre du seuil.

Un parallèle avec la lutte antitabac

Selon Samuel Cornell, chercheur en santé publique à l'Université du Queensland, l'interdiction australienne s'inspire de l'approche générationnelle contre le tabagisme. « L'objectif n'est pas d'inciter les fumeurs d'aujourd'hui à arrêter, mais de faire grandir une génération pour laquelle fumer ne deviendra jamais une norme », explique-t-il. De même, l'interdiction des réseaux sociaux vise à retarder l'accès suffisamment longtemps pour que ces plateformes perdent leur emprise sur l'enfance. Cette logique implique une évaluation sur le long terme, et non après six mois.

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Des défis spécifiques aux réseaux sociaux

Contrairement au tabac, les réseaux sociaux sont gratuits, illimités et conçus pour maximiser l'engagement. « Changer les normes d'une génération ne fonctionne que si la pression sur les plateformes est implacable et maintenue pendant des années », précise Cornell. Les normes sociales sont tenaces, et les réseaux sociaux récompensent les contenus à risque, modifiant ce qui est considéré comme normal. Une transformation durable nécessite donc une action continue.

Des effets attendus dans une décennie

Les chercheurs estiment que les plus grands bénéfices pourraient concerner les enfants de moins de huit ans, qui n'ont pas encore commencé à utiliser les réseaux sociaux. « Il faudra peut-être attendre une dizaine d'années avant que ses effets complets ne deviennent perceptibles », indique l'étude. Les conséquences imprévues, comme le recours à des applications de messagerie moins visibles, ne signifient pas un échec, mais une évaluation prématurée. L'Australie sert de laboratoire mondial, et d'autres pays observent ces résultats pour ajuster leurs propres législations.

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