Exil iranien : deux étudiants racontent l'impossible retour
Exil iranien : deux étudiants racontent l'impossible retour

Deux étudiants iraniens à Montpellier témoignent de leur exil et de l'impossible retour

La situation des étudiants iraniens en exil se tend à Montpellier. Entre la répression dans leur pays, la hausse des frais universitaires pour les étudiants étrangers et la fin annoncée des aides au logement, Yas et Erfan vivent dans l'attente d'un avenir encore incertain.

La tête à Montpellier, le cœur à Téhéran. Tous deux étudiants, Yas et Erfan se sont rencontrés lors d'une manifestation en solidarité avec le peuple iranien, place de la Comédie, il y a quelques mois. Ils se voient depuis régulièrement pour échanger des nouvelles sur l'évolution de la situation dans leur pays. L'angoisse pour leurs proches, pris en étau entre la répression et les bombes, reste leur première préoccupation.

« Nous sommes restés quasi sans nouvelles pendant cinq mois car le gouvernement avait coupé internet », confie Erfan. Un silence d'autant plus difficile à vivre qu'aucune porte de sortie concrète ne se dessine entre Trump, Nétanyahou et les Gardiens de la Révolution. L'Iran a annoncé ce jeudi la fermeture totale du détroit d'Ormuz après une nouvelle nuit de bombardements américains.

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L'impossible retour en Iran

Alors que les vacances d'été approchent, tous deux savent qu'ils ne pourront pas revenir en Iran. « J'ai très peur de rentrer. J'ai reçu des appels et ma famille subit des pressions, explique Yas. J'ai été emprisonné deux semaines après ma participation au "Green movement" en 2009 après la réélection du président Mahmoud Ahmadinejad. Je ne peux pas rentrer. »

« Ma famille ne peut plus m'aider financièrement. Ma mère est enseignante, les conditions pour exercer sont de plus en plus compliquées. Le coût de la vie a énormément augmenté », explique Erfan. L'augmentation des frais d'inscription pour les étudiants étrangers à l'université à partir de la rentrée prochaine ne pouvait pas plus mal tomber. Étudiant en Master d'électronique à la faculté de Sciences à Montpellier, Erfan s'inquiète aussi de la suppression annoncée de l'aide au logement pour les étudiants internationaux.

Entre l'impossibilité de retourner dans son pays et l'incertitude qui pèse ici, la situation des étudiants iraniens est particulièrement inconfortable. Yas, qui poursuit sa thèse en management entrepreneurial, se sent privilégié car il a un emploi. À 40 ans, muni d'un visa « Talent », il est assistant de recherche à Montpellier Business School.

Un demi-millier d'Iraniens à Montpellier

À Montpellier, la communauté iranienne est estimée à 500 personnes environ, dont deux tiers d'étudiants. La solidarité joue mais elle a ses limites. Dans ce contexte, se projeter dans l'avenir est une gageure. Erfan envisage de faire une thèse à la rentrée prochaine à Toulouse. Ou bien de partir en Belgique ou au Canada afin d'accéder aux laboratoires de recherche sans restriction. En France, l'accès à certains laboratoires, classés en zone à régime restrictif, nécessite une autorisation spéciale.

Yas, lui, souhaite rester ici. « La France m'a donné la liberté et l'opportunité de travailler. Je veux être un citoyen normal qui paie ses impôts. J'adhère à vos valeurs de laïcité et de fraternité. » Il n'a pas de mots assez durs envers le régime iranien qui a massacré près de 50 000 personnes les 8 et 9 janvier derniers, une estimation avancée par les opposants. « Les islamistes occupent notre pays depuis 47 ans. Ils décident ce que tu bois, ce que tu manges, comment tu fais l'amour. Ils n'hésitent pas à nous tuer, ils attaquent les hôpitaux. Ils financent des groupes terroristes à travers le monde comme le Hezbollah au Liban. Si j'étais resté là-bas, je serais mort. »

Manifestation ce samedi 15 juin place de la Comédie

Ce samedi 15 juin, tous deux manifesteront une nouvelle fois place de la Comédie. « Les Iraniens ont besoin du soutien des autres peuples mais aussi des drones américains et israéliens pour redescendre dans la rue. L'Union européenne ne doit pas considérer le régime islamiste comme un interlocuteur avec qui négocier. On a besoin d'entendre dire Stop. » Erfan enfonce le clou : « On veut libérer notre pays. »

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