À 19 ans, Mathys Detourbet, nouveau milieu offensif de l'AS Monaco, ne cache pas ses ambitions. Prêté par Manchester City, qui l'a acheté à Troyes pour 25 millions d'euros cet été, le jeune joueur assume ses rêves : Ligue des champions, Ballon d'Or, équipe de France et Coupe du monde. Un tempérament qui tranche avec son humilité naturelle, comme le soulignent ses proches.
Un joueur atypique, entre ambition et maturité
Originaire de Saint-Germain, dans l'Aube, Mathys Detourbet a rejoint le centre de formation de l'ESTAC avant de s'envoler pour Monaco. Son père, Anthony, ancien joueur de CFA2, le décrit comme un garçon sûr de sa force mais conscient que le talent ne suffit pas. "On peut le croire arrogant, mais c'est tout le contraire", prévient-il. "Il sait ce qu'il veut, mais il sait aussi que le talent ne suffit pas. C'est un gros travailleur."
Son hygiène de vie, inculquée dès l'adolescence par son père, est l'un de ses atouts. "Je l'ai robotisé en matière d'hygiène de vie (rire), confie Anthony. J'avais un ami nutritionniste et Mathys a mangé équilibré très jeune. Je touche du bois, il n'a jamais été blessé."
Un parcours semé d'embûches
Le chemin vers Monaco n'a pas été rectiligne. Jugé trop frêle en U16, Detourbet a explosé sur le tard, après une poussée de croissance et un repositionnement de neuf à meneur. "Il n'était pas considéré comme une pépite", admet-il. Cette ascension tardive lui a permis de garder les pieds sur terre, tout comme ses origines modestes : sa mère était salariée dans une entreprise de clés, son père responsable logistique dans le transport.
"On vient de la vie normale et on ne réalise pas ce qui se passe", confesse son père. "Il y a un an et demi, il jouait encore en U19. Tout va vite. Avec mon épouse, il nous épate."
Un tempérament de feu, mais une grande maturité
Dès ses premières séances avec les pros, Detourbet a montré un caractère bien trempé. "Il était complètement libéré, il n'a pas eu peur de provoquer les défenseurs", se souvient un ex-coéquipier. "Il râle quand il perd les jeux à l'entraînement. Il a la gagne en lui mais un sens de l'autocritique assez rare à cet âge-là. Il est très mature. C'est un personnage atypique."
Cette fougue, il l'avait déjà montrée lors de ses débuts en Coupe de France face à Rennes, en janvier 2025, où il avait dribblé dans sa propre surface. Son père, qui lui avait pourtant demandé d'assurer, avait alors lancé : "Il est complètement fou ce gamin (rire)."
Un joueur en constante progression
"Explosif", "tourné vers l'avant" avec de "grosses qualités d'élimination" selon ses proches, Detourbet a encore deux axes d'amélioration : son travail défensif et sa finition. Il sort d'une saison à 4 buts en 37 matchs. Son entourage attend beaucoup du coach Filipe Luis sur ces deux volets. "C'est un gamin de 19 ans donc de temps en temps j'ai dû lui tirer les oreilles. Il ne rechigne pas à la tâche, mais c'est un créateur donc il n'a pas envie de courir derrière le ballon pendant 90 minutes. Mathys est attachiant", se souvient son ex-coéquipier avec affection.
Pour les buts, son père a son analyse : "Marquer était une obsession pour lui avant, mais il a reculé sur le terrain. Il s'est moins retrouvé face au but donc c'est moins naturel." Le jeu dominant de l'ASM pourrait l'aider à gonfler ses stats. "Il y aura des attentes mais il ne connaît pas la pression, constate son papa. Il s'en nourrit. Il y aura des moments où il sera moins bon, évidemment, mais il est prêt à tout ça. C'est son insouciance."
Une adaptation réussie sur le Rocher
Pour faciliter son adaptation, sa famille l'a accompagné. Il est installé dans une maison à La Turbie, à 500 mètres du centre de performance, avec sa femme, ses parents et son petit frère. Seule sa grande sœur est restée dans l'Aube. "À 19 ans, il était obligatoire pour nous de l'accompagner, mais il a sa liberté et son intimité", explique son père. "Il vit d'un côté avec sa femme et nous de l'autre."
Detourbet a également refusé les avances d'Al-Hilal l'hiver dernier. "Si on avait pensé à l'argent, on aurait signé là-bas, mais Mathys veut jouer la Ligue des champions", raconte son père. "Il m'a mis l'hymne et m'a demandé si je voulais l'entendre en vrai. J'ai dit : 'Oui'. Il m'a répondu : 'On n'y va pas.' Aujourd'hui, on considère Monaco comme le meilleur club au monde pour son développement."
Le soutien indéfectible de son père
Anthony Detourbet veille sur la carrière de son fils, qu'il décrit comme "son meilleur préparateur mental". "Quand un gamin de 19 ans commence à gagner beaucoup d'argent, si tu ne lui mets pas des règles, ça peut devenir compliqué", pense-t-il. "Parfois on s'engueule, il n'est pas toujours d'accord, mais on échange. On est très proches. Ce que je veux, c'est qu'à 35 ou 38 ans, le jour où il arrêtera sa carrière, il me dise : 'Merci de ne pas m'avoir lâché'. Pour moi, quand un joueur ne joue pas, ce n'est pas la faute de l'agent. J'ai toujours dit que les fautifs étaient les parents ou l'entourage."
Son entraîneur, Filipe Luis, est également impressionné : "C'est un plaisir de travailler avec un joueur doté d'un tel talent. On voit à sa façon de mener le ballon, à la manière dont il le traite, qu'il est dangereux. Il a cette assurance en lui. Ce n'est pas facile : parfois, il perd le ballon, mais il retente sa chance et c'est le plus important. Il a encore beaucoup à apprendre. Pour moi, on doit maintenant se concentrer sur les petits détails qu'il doit perfectionner – enfin, peut-être pas si petits que ça (sourire) - notamment sur le plan tactique. Tout ça en lui laissant la liberté de s'exprimer sur le terrain et de prendre du plaisir, car on voit bien qu'il apprécie d'avoir le ballon."



