Une nouvelle forme de haine
Tout le monde se souvient de cet incroyable tableau vivant, au milieu duquel Barbara Butch trônait en majesté en compagnie de Philippe Katerine, lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Paris 2024. Célébrée jusque-là comme égérie queer, chantre de la diversité, de la liberté artistique et de l'inclusivité LGBTQ+, la DJ avait alors subi un terrible cyberharcèlement venu de milieux réactionnaires qui y voyaient une parodie de la Cène, dénonçant dès lors une « moquerie », de la « dérision », une « offense » ou le résultat des dérives du « wokisme ».
Dans un entretien au Monde (août 2025), elle confiait qu'elle est régulièrement victime de « grossophobie, homophobie, misogynie ». Mais aujourd'hui, Barbara Butch n'est plus seulement victime d'attaques venues des extrêmes droites. Pour avoir tout simplement signé dans Le Point un texte de soutien à la proposition de loi de la députée Caroline Yadan visant à adapter la lutte contre l'antisémitisme aux mutations du phénomène, elle est désormais une « sioniste » qu'il faut effacer, qu'il faut « canceller ».
De fait, « c'est l'antisémitisme qui occupe la place centrale » dans la haine qu'elle a toujours connue, précise-t-elle dans Le Monde, sans nécessairement penser que quelques mois après cet entretien, elle serait victime d'une haine anti-juive venue cette fois de la gauche radicale.
Des militants LFI exigent son annulation
Des militants et élus grenoblois de LFI ont en effet demandé que sa venue au festival Le Cabaret Frappé (15 au 19 juillet), organisé par la municipalité, soit annulée sous prétexte qu'en signant ce texte, elle aurait participé à « criminaliser tout soutien au peuple palestinien, notamment en interdisant les critiques du régime colonial et génocidaire d'Israël ».
Elle aurait, de plus, animé la Gay Pride à Tel Aviv « en tant que DJ, en plein génocide » et donc participé par là même au « pinkwashing » qu'userait Israël (l'instrumentalisation des luttes LGBT+ pour légitimer sa politique) pour mieux massacrer les Palestiniens. Je ne sais ni si Barbara Butch a participé à cette Pride, ni si Israël fait du « pinkwashing », mais ce que je sais c'est que ce serait bien le seul endroit au Moyen-Orient où cela serait possible.
Une vérité unique et indiscutable
Au-delà de la perpétuation du mensonge sur le contenu du texte de Caroline Yadan, lequel n'a jamais envisagé de pénaliser la critique de la politique israélienne, c'est ce que nous dit cette tentative de boycott qui est le plus intéressant. Ces militants, convaincus de détenir LA vérité, unique et indépassable, continuent donc de proclamer qu'un « génocide » a lieu à Gaza quand aucune cour de justice, nationale ou internationale, les seules aptes à qualifier comme tel ce crime, n'a porté ce type de jugement.
De plus, le procureur de la CPI Karim Khan, qui a émis des mandats d'arrêts contre Benyamin Netanyahou et Yoav Gallant pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité, explique dans une interview sur Al Jazeera le 29 avril 2026, qu'« il serait irresponsable de le déclarer [un génocide] uniquement à cause de la pression populaire » ajoutant que « tout est question de preuves ».
Mais tout cela importe peu car nous avons affaire à des croyants pour lesquels, bien que vous reconnaissiez les violences et horreurs que subissent les Gazaouis, il est absolument inconcevable de discuter de la question ou d'émettre la moindre réserve. Le cas échéant, vous devenez un « complice des génocidaires » voire directement un « génocidaire », c'est-à-dire un nazi.
Barbara Butch sans prise de position
Barbara Butch, quant à elle, n'a jamais pris position sur le conflit à Gaza, considérant que « ce qui se passe au Moyen-Orient, c'est horrible. Que ce soit pour les Gazaouis, ou pour les otages (ses propos datent de l'été 2025, NDLR). Je ne peux pas voir les gens affamés, laissés-pour-compte… J'évite de parler de ça, parce que, à part l'empathie, je n'ai pas les compétences. »
Mais cette seule empathie n'est pas acceptable car pour ces individus, ne pas être avec eux, c'est être contre leur cause. C'est bien ce qu'elle aurait révélé en signant le texte du Point, ce qui devient donc suffisant pour lui interdire de gagner sa vie.
Une intolérance totale
Antisémites ce type de militants ? Ils vous diront que non bien sûr, ce qui n'empêche pas qu'ils soient assurément anti-juifs car le sionisme et l'État d'Israël, qu'on le veuille ou non, sont inséparables aujourd'hui de la réalité contemporaine du fait juif. Ils demandent ainsi aux Juifs de se convertir à leur vision du monde afin de pouvoir vivre tranquilles. Ceux-ci doivent donc être pro-palestiniens et anti-sionistes, a minima silencieux, ou ne pas être.
Cela me fait penser aux conversions que les Chrétiens demandaient aux Juifs à l'époque médiévale, condition nécessaire à ce qu'ils ne fussent pas pourchassés, expulsés voire brûlés (ce qui n'a finalement pas suffi…). C'est également vrai aujourd'hui pour ceux qui, non-juifs et portant une parole publique, refusent d'adhérer aveuglément à ces discours. Il faut les éliminer professionnellement et socialement, que l'on pense à Jean Quatremer, le journaliste de Libération, ou à Sophia Aram prise régulièrement pour cible par exemple.
L'intolérance est totale, au nom de la vérité qu'ils sont convaincus de détenir. Nous sommes prévenus. Au-delà du cas de Barbara Butch, les conséquences de ce type d'agissements, qui se multiplient dans de nombreux milieux, sont invisibles mais réelles. Les militants de la gauche radicale, leurs proxies et leurs soutiens participent, tranquillement, par le bas, à une entreprise d'épuration et à ce que l'État français de Vichy organisait par le haut : l'exclusion des Juifs de la société française.



