Un violoniste de 45 ans, membre de l'orchestre symphonique Victor-Hugo Bourgogne Franche-Comté, a été interpellé lundi au péage de La Turbie par la brigade des Douanes de Menton. Les douaniers ont découvert 38,3 kg de cocaïne dissimulés dans deux caches aménagées dans le plancher de son véhicule, un Citroën C5 Aircross. Présenté ce vendredi devant le tribunal correctionnel de Nice, il a été placé en détention provisoire et sera jugé en octobre.
Un profil atypique pour un trafic de drogue
B. B., 45 ans, Français d'origine albanaise, est un concertiste de renom. Installé en Alsace, il a fréquenté les conservatoires de Lyon, Dijon et Besançon, et joue régulièrement dans des cadres privés. Ton posé, élocution parfaite, il affiche une certaine prestance. Mais son profil détonne par rapport aux « mules » habituellement jugées pour ce type de faits.
Interpellé lundi, il sort tout juste de 96 heures de garde à vue. À la barre, il n'avance aucun problème financier pour expliquer son geste. « Je ne m'explique pas comment j'ai pu en arriver là », répond-il tête basse. « Je n'ai pas pris la mesure de ce que j'allais faire. » Il évoque une quête d'« adrénaline », mais les enquêteurs n'y croient guère. Rarement une mule se voit confier autant de drogue lors d'un premier transport.
Des armes et une forte somme d'argent découvertes à son domicile
Durant la retenue douanière, les Douanes ont perquisitionné son domicile de Franche-Comté. Les découvertes ont assombri le tableau : quatre armes de poing, deux fusils, un gilet pare-balles, des centaines de munitions et la somme de 88 900 euros en coupures de 50 euros, soigneusement empaquetées dans du film transparent. Interrogé sur les armes, il répond : « Je suis enregistré comme tireur sportif », mais toutes ne seraient pas déclarées. Quant à l'argent, il affirme : « Il provient d'une donation de mon père. »
Le véhicule lui aurait été remis par un garagiste espagnol, et il se dirigeait vers l'Italie. Ses complices, dont il dit tout ignorer, l'auraient guidé au fur et à mesure de son avancée. Le prix du contrat : 20 000 euros. Selon les services des Douanes, la cocaïne qu'il convoyait équivaut à une valeur de 1 141 000 euros à la revente.
Des interrogations sur le modus operandi et la détention provisoire
La procureure de la République, Sabine Néale, peine à croire à ses explications au vu du petit arsenal retrouvé chez lui. Elle s'interroge sur le « modus operandi » qu'elle soupçonne très professionnel et enjoint le tribunal de ne pas se laisser tromper par le profil de « cet homme bien en surface ». Craignant un risque de renouvellement de l'infraction, elle réclame son incarcération en attente du procès sur le fond.
Le violoniste a demandé un délai pour préparer sa défense. Son avocate, Me Julie Schlembach, plaide une personnalité « parfaitement intégrée ». Un musicien à la notoriété établie qui reconnaît les faits. Interrogé une dernière fois avant que le tribunal ne se retire pour délibérer, B. B. souffle : « Je n'arrive pas à prendre la mesure de ce que j'ai fait. Je me rends compte que je vais tout perdre. »
Le tribunal a finalement envoyé le concertiste en détention provisoire. Il sera jugé en octobre et risque jusqu'à dix ans de prison.



