Les rebelles houthistes du Yémen, soutenus par Téhéran, étendent leur influence dans la Corne de l'Afrique, selon un rapport de la Century Foundation, un groupe de réflexion américain publié lundi 24 août. Cette stratégie d'expansion reflète les efforts déployés par l'Iran et le Hezbollah libanais dans les années 2000 pour transformer les groupes armés non étatiques qu'ils parrainaient en un réseau à l'échelle du Moyen-Orient.
Une stratégie planifiée depuis Sanaa
Par cette « offensive » dans la Corne de l'Afrique et ses environs, les houthistes « démontrent qu'ils cherchent à s'implanter comme un nouveau pôle d'activité de l'Axe de la Résistance dans la région », estime la Century Foundation. Le think tank relève que leurs efforts « s'inscrivent dans une stratégie planifiée et mise en œuvre par un noyau d'agents basés à Sanaa », la capitale du Yémen.
« Tournés vers l'avenir et s'inspirant des stratégies des Gardiens de la révolution et du Hezbollah, les houthistes développent progressivement leurs propres réseaux le long de la mer Rouge et du golfe d'Aden, accélérant ainsi leur transformation d'un réseau périphérique en un réseau central », soulignent les auteurs du rapport.
L'avantage des houthistes réside dans leur possession d'« armes, de technologies, un savoir-faire, des chaînes d'approvisionnement et un accès à l'Iran », des atouts convoités par des groupes armés implantés dans la région. « De plus, bien souvent, ces groupes n'ont pas d'autre moyen d'accéder à ces ressources », ajoutent les auteurs. Si « pour l'instant, leurs relations sont purement transactionnelles », elles pourraient « se transformer en interdépendance au fil du temps », selon le think tank.
Présence croissante en Somalie et à Djibouti
Plusieurs pays sont concernés par cette tentative d'expansion, qui prend des formes diverses. Les houthistes renforcent ainsi leurs réseaux sur la rive africaine de la mer Rouge et du golfe d'Aden, en particulier en Somalie. Dans ce pays, leur stratégie ne se limite plus à la contrebande d'armes : les rebelles cherchent également à nouer des liens avec les shebabs, ce groupe djihadiste qui contrôle désormais une partie du territoire somalien. Les houthistes leur fournissent des armes et des formations, en échange notamment de relais logistiques, de renseignements et de capacités leur permettant d'étendre leur influence dans le golfe d'Aden.
« Le signal le plus clair à court terme d'un transfert de capacités serait l'apparition d'engins explosifs de type iranien, de missiles antiaériens ou de drones sur les champs de bataille somaliens », indique le rapport. Une éventuelle apparition de « bombes à pénétration explosive » (bombes perforantes) en Somalie serait un indicateur du renforcement des liens avec les houthistes.
À Djibouti, un emplacement stratégique pour les opérations de contrebande des houthistes, ces derniers exploitent surtout les infrastructures commerciales et les réseaux de transport afin de faire transiter des composants et du matériel militaire vers le Yémen, contournant ainsi l'embargo sur les armes. Le port de Djibouti, situé à l'entrée du détroit de Bab el-Mandeb, serait devenu une plaque tournante de ce commerce.
Implantation au Soudan et en Érythrée
Toujours selon la Century Foundation, les houthistes chercheraient également à s'implanter au Soudan et en Érythrée. Le rapport évoque la possibilité de réseaux de contrebande houthistes, mais sans toutefois affirmer leur existence. Au Soudan, les houthistes auraient reçu des cargaisons d'armes légères et de petit calibre pour le compte de l'Iran depuis 2024 et des agents houthistes seraient présents à Port-Soudan.
L'influence accrue des houthistes serait un facteur de déstabilisation de la région et pourrait avoir de graves conséquences dans une zone déjà secouée par différents affrontements. « Les tentacules du conflit et de la compétition s'entremêlent de part et d'autre de la mer Rouge et du golfe d'Aden, risquant à terme d'entraîner les États riverains arabes et africains, les acteurs non étatiques et leurs soutiens extérieurs dans un conflit régional d'une ampleur et d'une complexité considérables », mettent en garde les auteurs du rapport.



