Frappes croisées sur les énergies russe et ukrainienne
Frappes croisées sur les énergies russe et ukrainienne

Dans la nuit de samedi à dimanche, des frappes croisées de drones ont visé des sites énergétiques en Russie et en Ukraine, provoquant un incendie majeur sur un terminal pétrolier à Saint-Pétersbourg et privant des dizaines de milliers de personnes d'électricité. Le ministère russe de la Défense affirme avoir neutralisé 1 015 drones ukrainiens au-dessus d'une quinzaine de régions du sud et de l'ouest de la Russie, dont celle de Moscou. Ces raids ont fait au moins trois morts au total et endommagé de nombreuses infrastructures.

Une attaque massive sur Saint-Pétersbourg

Selon le gouverneur de la ville, Alexandre Beglov, une personne a été tuée et cinq autres blessées lors d'une attaque « massive » de drones contre le Terminal pétrolier de Saint-Pétersbourg. Des incendies spectaculaires se sont déclarés sur ce site, comme en témoignent les images des journalistes de l'AFP sur place. Dans la matinée, Alexandre Beglov a précisé que les pompiers poursuivaient leurs opérations pour éteindre les feux au Terminal pétrolier, ainsi que dans le « dépôt pétrolier Routchi » et des « entrepôts industriels » dans le sud de la ville.

Le géant du commerce en ligne russe OZON, cible d'attaques ukrainiennes répétées ces derniers mois, a annoncé qu'un incendie s'était déclenché dans « l'un de ses centres logistiques » touché par un drone à Saint-Pétersbourg. Selon Alexandre Beglov, une douzaine d'immeubles résidentiels et deux maisons individuelles ont également été endommagés. Le gouverneur régional Alexandre Drozdenko a rapporté sur Telegram que la défense anti-aérienne russe avait abattu 145 drones dans la région de Léningrad, qui entoure la ville du nord-ouest, et qu'environ 20 000 personnes étaient privées d'électricité en raison d'incidents techniques causés par ces attaques.

La plus grande attaque de drones contre la région

D'après l'agence de presse TASS, il s'agit de la plus grande attaque de drones menée contre cette région depuis le début de la guerre, en prenant comme critère le nombre d'engins officiellement abattus. Le réseau social russe VK a également fait état d'une attaque de drones sur un centre de données dans la région de Léningrad, assurant que ses services continuaient de fonctionner normalement. Saint-Pétersbourg et sa région abritent d'importantes infrastructures pétrolières essentielles pour le commerce d'hydrocarbures. L'armée de Kiev a par ailleurs frappé depuis début octobre plusieurs centres de données, appartenant en particulier au géant de la tech Yandex.

Galina, une habitante de Saint-Pétersbourg, n'est pas surprise après plus de quatre ans et demi de guerre. « Ils frappent, nous frappons, c'est la terrible routine de la guerre », dit cette femme de 58 ans, sans donner son nom de famille. À ses côtés, son amie Alexandra, 50 ans, estime que ces frappes sont « effrayantes » mais pas « inattendues ». « Mentalement, on est prêts au fait que ça puisse arriver tout près. »

Bombardements russes sur l'Ukraine et tensions politiques

Côté ukrainien, Volodymyr Zelensky a rapporté que des frappes russes avaient visé pendant la nuit des infrastructures électriques dans les régions de Vinnytsia, Jytomyr, Khmelnytsky et Odessa. « Des dizaines de milliers de familles sont toujours privées d'électricité », a-t-il indiqué dimanche matin sur ses réseaux sociaux, soulignant que les équipes techniques travaillaient en permanence pour rétablir l'alimentation. Selon Volodymyr Zelensky, au moins deux personnes ont été tuées et douze autres blessées, dont deux enfants, lors de ces bombardements. Ces trois dernières semaines, l'armée russe a repris ses bombardements sur des infrastructures énergétiques ukrainiennes, entraînant d'importantes coupures de courant et faisant craindre un nouvel hiver très éprouvant pour la population.

Les relations entre Washington et Kiev traversent actuellement une nouvelle crise. Vendredi, un décret présidentiel de Donald Trump a exempté la Russie de nouvelles sanctions américaines, une décision vivement dénoncée par l'Ukraine. Cette exemption est intervenue quelques jours après un accord entre Washington et Moscou pour lever des sanctions, afin de permettre aux États-Unis d'importer de grandes quantités de diesel russe. Le président américain Donald Trump avait annoncé unilatéralement, dimanche dernier, une trêve énergétique dans ce conflit, sans entraîner d'arrêt prolongé des frappes. Il reproche à son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky de viser les raffineries de pétrole russes, ce qui participe selon lui à l'envolée mondiale des prix du carburant, alimentée également par la guerre en Iran déclenchée par Washington et Israël. Kiev indique mener ces attaques en représailles aux bombardements russes qui dévastent son système énergétique depuis l'offensive russe à grande échelle contre l'Ukraine, en 2022, et avoir pour objectif d'affaiblir la manne des hydrocarbures finançant l'effort de guerre du Kremlin.