Le Festival du cinéma méditerranéen de Montpellier (Cinemed) consacre une rétrospective à Marco Bellocchio, 86 ans, considéré comme le plus grand réalisateur italien actuel. Le cinéaste tourne actuellement au Canada son prochain long métrage, Falcon, qui racontera comment Sergio Marchionne a redressé Fiat et conquis les États-Unis. Cette rétrospective, la deuxième consacrée au cinéaste après celle de 2004, se concentre sur ses vingt dernières années, une période artistiquement exceptionnelle.
Un second hommage qui creuse le sujet
Le Cinemed ne se répète pas en rendant pour la deuxième fois hommage à Marco Bellocchio. Vingt-deux ans après, le festival approfondit sa réflexion avec cette question, formulée par son président Henri Talvat dans le catalogue de cette 28e édition : « Comment ce cinéaste prodige des années 60, espoir de sa génération, a-t-il réussi à se régénérer dans les années 2000, au point de devenir le cinéaste italien le plus important, capable de maîtriser avec maestria tous les sujets vitaux de la société italienne : la famille, la religion, la politique ? »
Le réalisateur avait en quelque sorte répondu par anticipation à cette question quand il expliquait à Midi Libre, lors de sa première rétrospective en 2004 : « Pour que ses images conservent de la vitalité, il faut constamment prendre des risques, ne jamais vivre de ses rentes. Pour ma part, j'ai toujours essayé de ne pas me répéter. Je n'ai pas fait deux fois Les Poings dans les poches. »
Des œuvres marquantes des années 2000 à aujourd'hui
Le premier exemple de ce formidable second souffle est Le sourire de ma mère (2002), qui n'est pas tant un pamphlet contre la religion que contre ceux qui l'instrumentalisent. Avec Buongiorno, notte (2004), il raconte le quotidien des terroristes ayant enlevé et séquestré Aldo Moro, ancien Premier ministre et président de Démocratie chrétienne, un traumatisme national qu'il explorera de nouveau avec sa magistrale mini-série Esterno notte, en 2022.
Pour Vincere (2009), il ose le mélodrame, à la fois flamboyant et ténébreux, sur la femme de Mussolini. La belle endormie (2012) est un film choral sur la complexe question de l'euthanasie. Plus évident, et magistral, Le traître (2019) déploie sur vingt ans une fresque sur la lutte antimafia en Italie en même temps qu'il brosse le portrait d'un repenti. Quant à L'enlèvement (2023), c'est une charge au vitriol contre une Église en déclin qui s'appuie sur le scandale suscité en 1858 par la conversion forcée d'un enfant juif arraché à sa famille par les brigades du pape.
Un cinéaste qui se régénère
« Dans les années 2000, Marco Bellocchio change complètement la forme de ses films, observe Henri Talvat. Plus de désintégration mais au contraire de l'intégration. Stimuler l'intellect du spectateur mais aussi rechercher son plaisir. »
Outre cette œuvre matricielle, restaurée en 2015, le festival montre Le saut dans le vide (1979), duel noirissime entre un frère et une sœur au bord de la folie, et Marx peut attendre (2021), un documentaire qui réfléchit le suicide de son frère jumeau à 29 ans et son contexte familial.
« Le refus du compromis est toujours présent en moi mais il passe par d'autres images », confiait en 2004 Marco Bellocchio. C'est toujours vrai vingt-deux ans plus tard. Le réalisateur, dont la deuxième mini-série Portobello est à voir au Cinemed (et sur arte.tv), est actuellement en plein tournage au Canada de son prochain long métrage Falcon. À 86 ans, respect… On parle bien sûr de Marco Bellocchio.