Thélyson Orélien dément l'IA mais admet des plagiats
Orélien dément l'IA, admet des plagiats

Thélyson Orélien, auteur de « C'était ça ou mourir » (Grasset), a pris la parole ce mardi 13 octobre pour la première fois depuis le début de la polémique. Dans un texte transmis à l'AFP, il affirme qu'« aucune phrase de ce livre n'a été créée par une machine », tout en présentant ses « excuses » pour des plagiats dont il reconnaît la responsabilité.

Une réponse aux accusations de recours massif à l'IA

Le romancier de 38 ans réagit aux accusations lancées le 21 septembre par le compte X « Balance ton Claude », qui l'accusait de recours massif à l'intelligence artificielle générative pour écrire son roman, l'un des best-sellers de la rentrée littéraire en France. Dans son texte intitulé « Ce roman que j'ai écrit », Thélyson Orélien écrit : « C'est une calomnie et une hérésie. J'ai eu recours çà et là à des outils pour des recherches (…) Mais aucune phrase de ce livre n'a été créée par une machine. »

Il ajoute : « Ce roman, je l'ai écrit moi-même. Il vient de mes blessures et de celles des autres migrants. Cette blessure de l'exil dont on ne guérit pas. Ce roman en est le fruit, c'est le fruit de mon travail, c'est ma création. » L'auteur indique avoir commencé à l'écrire « à l'automne 2017, sur un coin de table » au Québec, où il vit depuis 2010 après avoir quitté Haïti. Il précise avoir terminé un premier jet en 2019, sans apporter d'éléments pouvant le prouver.

Des excuses pour des plagiats reconnus

Thélyson Orélien reconnaît toutefois avoir « commis des erreurs inacceptables » en plagiant des textes d'auteurs reconnus après son arrivée au Canada. « J'avais un peu plus de 20 ans, j'étais sans doute un peu trop pressé, sans vraiment mesurer ce que j'avais encore à apprendre. Je voulais écrire, je lisais beaucoup (…) Mais admirer n'autorise pas à prendre, à m'attribuer des textes qui ne sont pas les miens », explique-t-il, avant d'ajouter : « Je le regrette profondément et présente mes excuses sans réserve. »

Son éditeur canadien, Les éditions du Boréal, avait annoncé le 25 septembre la suspension de la tournée promotionnelle du roman après des révélations du quotidien « La Presse » indiquant qu'une de ses chroniques publiée en 2013 était dans sa « quasi-totalité » une « traduction légèrement remaniée » d'un article diffusé quelques jours plus tôt par le journal philippin « The Philippine Star ». Deux jours plus tard, Thélyson Orélien interrompait sa tournée en France, regagnant le Québec où il est depuis resté silencieux.

Un débat sur la place de l'IA dans la création

Dans son texte, l'écrivain dénonce : « La critique est toujours légitime, mais les menaces, le lynchage médiatique et le harcèlement raciste que je subis depuis des semaines sont insoutenables. » Cette affaire a provoqué une onde de choc dans le monde de l'édition, suscitant un débat sur la place de l'IA dans la création. « C'était ça ou mourir » avait notamment été écarté de la sélection du prix Goncourt, une décision « dictée par la volonté de préserver l'intégrité du prix Goncourt et celle de l'Académie, dont le rôle central consiste à promouvoir et couronner la littérature écrite par des femmes et des hommes ». Le prix Renaudot l'a en revanche conservé parmi les neuf romans de sa deuxième sélection.

Malgré l'affaire, les ventes de son roman ont continué à progresser, dépassant les 65 000 exemplaires. Samuel Fitoussi, co-créateur du compte « Balance ton Claude », a expliqué avoir porté ses accusations contre le romancier parce qu'il « redoute qu'après plusieurs millénaires de civilisation fondée sur l'écrit, l'IA provoque la disparition de la lecture et de l'écriture ». L'essayiste a indiqué avoir utilisé pour l'analyse d'extraits du roman le logiciel américain de détection Pangram, considéré comme l'un des plus fiables.